Une marque curieuse au musée de Salers (15)
17 Novembre 2009
Une marque curieuse au musée de Salers (15)
Publié le 17 Novembre 2009 @ 07:00:00 , contient 404 mots
Odette et André-Charles Gros m'ont communiqué cette belle photographie d'une marque se trouvant dans le musée de Salers (Cantal) et qui leur a été indiquée comme étant compagnonnique.

Elle représente un triangle équilatéral dont les sommets sont marqués par des fleurs, deux étant à peu près semblables, la troisième étant différente.
S'il est certain que semblable marque, très soigneusement réalisée, est nécessairement due à un tailleur de pierre et n'a rien d'une simple marque de tâcheron, et que le triangle équilatéral et les fleurs font partie de la symbolique fondamentale des Compagnons tailleurs de pierre, il n'en demeure pas moins qu'il est tout à fait hypothétique de qualifier de « compagnonnique » cette belle marque — ou « remarque » comme disent les Compagnons à propos de semblables éléments qu'il convient à l'itinérant de remarquer.
Suite:
Le bâtiment du musée, curieusement (touristiquement ?) dénommé « Maison des Templiers », date en effet de la Renaissance (la partie la plus ancienne est du XVe siècle, le dernier grand-maître de l'Ordre du Temple ayant été brûlé vif en... 1314 !). Et même si une telle ancienneté paraît être une évidence pour l'esprit, les historiens aimeraient bien disposer de preuves documentaires précises non seulement quant à l'existence du compagnonnage des tailleurs de pierre dès cette époque, mais aussi, en la circonstance, quant à la symbolique qu'ils auraient employé durant cette période. Il faut en effet se méfier de transposer trop hâtivement ce que l'on sait des époques ultérieures (en l'occurrence surtout les XVIIIe et XIXe siècles) aux époques plus anciennes.
Cette marque peut aussi renvoyer à un symbolisme chrétien — la Sainte Trinité — qui ne possède pas nécessairement de rapport immédiat avec celui des Compagnons tailleurs de pierre.
Tout ceci étant dit, j'aurais mauvaise grâce, après les études que j'ai exposées dans Le Serpent compatissant, où les fleurs et la géométrie occupent une grande place et me permettent de faire l'hypothèse d'une existence du compagnonnage des tailleurs de pierre en France dès le début du XIIIe siècle, j'aurais mauvaise grâce donc à ne pas voir dans la marque du musée de Salers un nouvel indice méritant de prendre place dans le dossier de la « préhistoire » des Compagnons tailleurs de pierre.
14 commentaires
La petite sculpture de Salers ne peut en effet que laisser perplexe. Pourquoi ce signe ? Il ne semble pas décoratif, car il est placé en un lieu secondaire. Il est trop bien exécuté pour s’apparenter à une marque de tâcheron. Est-ce cependant une signature, celle d’un groupe qui aurait revendiqué avec fierté l’exécution d’un travail difficile ? On ne peut que continuer à s’interroger et d’autant plus que ce type de signe est isolé. M. et Mme Gros ne semblent pas avoir relevé d’autres sculptures de ce type dans cette « maison des Templiers » des XVe-XVIe siècles. En connaît-on ailleurs, dans le Cantal ? Et sur d’autres monuments ? Un mot isolé et inconnu dans un texte, une figure isolée sur un monument sont toujours très difficiles à interpréter si l’on n’en connaît pas de semblables ou d’analogues ailleurs.
Cependant, Jean-Michel Mathonière écrit qu’elle pourrait présenter un symbolisme chrétien, celui de la Sainte Trinité, mais il ajoute que celle-ci « ne possède pas nécessairement de rapport immédiat avec celui des Compagnons tailleurs de pierre. »
Ces lignes m’ont remis en mémoire toute une série de souvenirs que je vais essayer de remettre en ordre.
D’abord, notons qu’un autre corps compagnonnique avait inscrit la Trinité au rang de ses dates de « passages » : celui des plâtriers du Devoir. Mais la « Trinité » de Salers n’est pas l’œuvre de plâtriers constitués beaucoup plus tard en compagnonnage.
Pour ce qui est de ses liens avec les compagnons passants tailleurs de pierre, il faut évoquer la revue Le Voile d'Isis, qui consacra un numéro spécial au Compagnonnage en 1927. A la page 122 figure un dessin de la Trinité, signé de « Milivoj Uzelac » (anagramme très probable), mais ce dessin n’illustre aucun article en particulier et n’est pas légendé.

On retrouve le même dessin dans un autre numéro (172) du Voile d'Isis, en avril 1934, lui aussi consacré au Compagnonnage (durant l’entre-deux-guerres, le monde maçonnico-occultiste s’y intéressait beaucoup). L’image est cette fois-ci légendée : « Le Saint Devoir de Dieu des Honnêtes Compagnons du Devoir (appartient à M. Auguste Bonvous d'Angoulême) ». Mais il n'y a toujours pas d'article associé à cette figure. Sur Auguste Bonvous (1869-1936), rappelons qu’il s’agissait d’un compagnon couvreur issu d’une dynastie de compagnons de ce métier, et qu’il a été jusqu’à sa mort une personnalité très écoutée, auteur de projets de réforme du Compagnonnage. Il possédait également une belle collection de documents et de souvenirs aquarellés de Lemoine et autres peintres de la vie compagnonnique du XIXe siècle.

Cette image, qu’on trouvera reproduite ci-dessus, n’est pas à proprement parler une image compagnonnique. Il s’agit de l’une des représentations de la Sainte Trinité dans l’iconographie chrétienne, comme on peut le constater en consultant le site http://www.cosmovisions.com/artDieu.htm. Il s’y trouve une représentation de la Trinité issue d’un missel de 1524.

Par ailleurs, un correspondant m’avait signalé une sculpture de la Trinité, semblable au dessin du Voile d’Isis, dans un musée lapidaire (celui de Toulouse ?).
L’affaire rebondit, si l’on peut dire, avec Jean Bernard. En 1926, il entreprend à Lyon l'impression à l'ancienne et l'illustration de l'Evangile selon saint Jean. L'ouvrage est achevé 10 ans plus tard, en 1936. La couverture en couleur reprend le dessin de la Trinité, selon l'ouvrage collectif Jean Bernard, La Fidélité d'Argenteuil - Témoignages ; Fondation de Coubertin, 2003. En 1936, J. Bernard n'était pas encore reçu compagnon tailleur de pierre. Il est possible qu'il se soit inspiré de l'illustration des numéros du Voile d'Isis, mais il est plus vraisemblable qu’il ait découvert cette représentation de la Trinité dans un traité d’iconographie chrétienne.

La suite de l’histoire devient plus compliquée Selon Lucien Hibert, Parisien la Bonne Volonté, compagnon charron du Devoir, dans Jean Bernard, témoignages…, p. 191 :
« Cette rencontre (de Jean Bernard) avec le Compagnonnage se fit à travers la revue La Construction moderne, où était représenté le dessin de la « Trinité des Tailleurs de pierre » à titre d'illustration. A la lecture de cette revue, le Compagnon Joseph Magrez, Compagnon tailleur de pierre à Bordeaux et entrepreneur de son état, lui écrivit et cela déclencha la première entrevue entre les deux hommes. En ce qui concerne la « Trinité des Tailleurs de pierre », il faut comprendre que ce terme recouvrait très certainement une tradition des Compagnons tailleurs de pierre et c'est sans doute pourquoi le Compagnon Magrez a réagi si vite à la vue de cette illustration. Par ailleurs, j'avancerai que ce dessin correspond très bien au style de Jean Bernard ; on reconnaît aisément sa patte et ses personnages, inspirés sans doute par la tradition ancienne que nous évoquons. Le journal Compagnonnage en fait foi. Cette image fut donc le symbole qui détermina la rencontre de Jean Bernard avec le Compagnonnage. »
Est-il si sûr que cette Trinité « recouvrait très certainement une tradition des compagnons tailleurs de pierre » ? Pourquoi Joseph Magrez, entrepreneur, abonné à La Construction moderne, a-t-il été si surpris par cette image qui n’appartenait pourtant pas au patrimoine des compagnons passants T.D.P. mais à l’iconographie chrétienne, au point de vouloir entrer en contact avec Jean Bernard ? Lui aussi, comme beaucoup de compagnons de l'entre-deux-guerres, n’aurait-il pas vu cette image dans Le Voile d'Isis de 1934 et n’aurait-il pas été influencé par la légende qui la rattachait à sa société ? Sans manquer à leur discrétion coutumière, des compagnons tailleurs de pierre du Devoir pourraient-ils nous confirmer que cette Trinité était attachée à l’une de leurs traditions ? En existe-t-il des représentations dans leurs archives et leurs gravures ?
Pour finir, il convient d’ajouter à l’histoire un troisième personnage, qui fait le lien entre Jean Bernard et Joseph Magrez. Il s’agit d’Emmanuel de Thubert (de son vrai nom Jules René Charles Emmanuel Thubert, sans particule). Né en 1878, mort en 1947, cet architecte écrivait dans la revue La Construction moderne. Il avait été franc-maçon au Grand Orient de France de 1928 à 1936. C’était un ami d’Albert Bernet, le néo-compagnon tailleur de pierre Etranger. Et c’est enfin lui qui publia un article très élogieux sur les fresques réalisées par Jean Bernard à Millau (La Construction moderne, 20 octobre 1935) et un autre intitulé « Architecture et typographie : l'Evangile selon St Jean, illustré et imprimé par Jean Bernard » (n° 21 du 4 avril 1937). Emmanuel de Thubert n’aurait-il pas servi de lien entre Jean Bernard et Joseph Magrez ? En tout cas, il est resté proche de La Fidélité d’Argenteuil, car en 1943, il fut nommé à Lyon directeur du centre de documentation du collège des métiers de la jeune Association ouvrière des compagnons du Devoir. Comme on le voit, l’histoire du Compagnonnage durant l’entre-deux-guerres est particulièrement complexe et repose sur des relations entre quelques personnalités venues d’horizons souvent bien différents.
Si l'on rattache cette marque à l'iconographie chrétienne de la Trinité on peut supposer que la fleur sommitale représente le Père, et les deux autres fleurs à la base sont le Fils et l'Esprit, les trois ne faisant qu'un.
Cependant deux fleurs identiques sont égales. Ce qui sous tend que le Fils et l'Esprit issus du Père sont égaux en dignité par rapport à lui. Et ça devient une contestation directe du Filioque qui établi une précession du Fils sur l'Esprit (ce que dément d'ailleurs le vieux catéchisme romain - voir CEC).
Il ne serait donc pas étonnant qu'un CTP "penseur libre" (ce qui ne veut pas dire "libre penseur") ayant un peu réfléchi sur la Cause première soit arrivé à cette conclusion.
Ne pensez-vous pas qu'il faille voir la Trinite des Compagnons non en plan mais en volume sous la forme d'une pyramide dont la pointe sommitale est DEUS (Deus est Pater, est Spiritus, est Filius)? Le Père seul n'est pas Deus (ni le fils, ni l'ES). Mais les trois ensemble le sont.
Et il me semble, si l'on retient cette hypothèse, que ça change beaucoup certaines affirmations théologiques pour remettre en perspective le double sens du mot "Beraeshith" (Principe et Commencement)?
J'ai retrouvé une carte postale éditée par Auguste Bonvous, à une époque indéterminée (entre 1910 et 1920 probablement. Il s'agit d'une photographie, mais comme elle n'était pas de bonne qualité, elle a dû être redessinée pour figurer dans le Voile d'Isis. La gravure est clairement XVIIe ou début XVIIIe. Bonvous lui a donné la légende bizarre en pseudo vieux françois que voici : "Sainct Devoir de Dieu des honnestes Compagnons du Devoir" suivie de ces mots, qui semblent indiquer le nom de l'auteur de la gravure : "Jean-Baptiste Logos (C.P.T.D.P.)"

Tout cela est bien confus. Il y a là une espèce d'assimilation de Jean (l'Evangéliste) à Jean (le Baptiste), car ce "Logos", présenté comme le patronyme du compagnon tailleur de pierre renvoie en fait au premier verset de l'Evangile selon saint Jean : "Au commencement était le Verbe" (en grec : logos). Comment Bonvous est-il entré en possession de cette gravure religieuse ? Pourquoi lui a-t-il attribué une origine "compagnonnique" ?
Par ailleurs, il est douteux que la marque de Salers symbolise la Trinité. Les traités d'iconographie chrétienne indiquent que la représentation triangulaire ne se rencontre qu'à partir du XVIIe siècle.
Enfin, à propos de la gravure de Bonvous, voici ce que j'extrais de : Iconographie chrétienne ou étude des sculptures, peintures, etc. qu'on rencontre sur les monuments religieux du Moyen Age, par Mgr CROSNIER. Tours, Mame, 1876 ; chapitre VIII : La Trinité, p. 62-63 :
"Le XVe siècle et le XVIe, tout en copiant les siècles précédents, imprimèrent aux mêmes sujets un cachet particulier, un genre de faire qui leur est propre. On se passionna surtout pour les figures trinitaires à trois bouches, trois nez ; type que l'Eglise a toujours réprouvé, parce qu'il ne peut être justifié ni par l'Ecriture ni par la tradition.
Cette manière de représenter la Trinité remonte au commencement du XIIe siècle ; Abailard paraît en être l'auteur.
Nous lisons dans les Annales des bénédictins que le trop fameux docteur de l'école de Paris, voulant donner à ses élèves une idée de la Trinité, avait fait tailler un bloc de pierre représentant trois corps adossés, avec trois figures tout à fait semblables. Le premier portait pour inscription : "Filius meus es tu : Vous êtes mon Fils ;" le second : Pater meus es tu : Vous êtes mon Père ;" et le troisième : "Ego utriusque spiraculum : Je suis le souffle de l'un et de l'autre."
Depuis cette époque, cette triple figure se retrouva souvent : un chapiteau du XIIIe siècle, de Notre-Dame de Châlons-sur-Marne, nous l'a conservée, et les anciens missels manuscrits ne l'ont pas oubliée à la fête de la Trinité.
Saint Antonin réclama avec énergie contre cet abus : "Qu'ils sont coupables, s'écrie le saint archevêque de Florence, ces hommes qui, sans respect pour la foi, représentent la Trinité sous la forme d'un homme à trois têtes ; c'est une monstruosité." Vers le même temps, le chancelier Gerson prêchait publiquement contre la hardiesse de certains artistes qui, sans pudeur, entr'ouvraient les chastes flancs de Marie pour y montrer la présence des trois personnes divines. "Ces images, dit-il, ne sont ni belles ni édifiantes ; elles peuvent induire le peuple en erreur et affaiblir les sentiments religieux."
On alla si loin, et on donna si peu de majesté à ces images, qu'en 1628 le pape Urbain VIII défendit de semblables représentations de la Trinité, et ordonna de brûler celles qui avaient été faites par le passé.
En 1745, Benoît XIV confirma la décision d'Urbain VIII.
Enfin on s'arrêta au mode suivi encore aujourd'hui ; on représenta la Trinité par une gloire triangulaire, ou bien on fit planer la colombe symbolique entre le Père portant le globe, et le Fils accompagné de sa croix."
Voilà qui situe l'image, imprimée au XVIIe, voire au XVIIIe, mais devenue non conforme aux canons de l'Eglise.
Quant à cette tradition d'une sculpture à trois têtes, venue d'Abélard, aurait-elle pu être conservée, ou découverte par les CPTDP, pour lui donner un lien avec leur métier ? J'en doute un peu, mais ce n'est pas complètement à exclure, l'histoire de la symbolique compagnonnique nous ayant habitués depuis longtemps à ce genre de récupération.
Egalement cité dans la Bible lorsque Dieu se révèle à Moïse indiquant ainsi la permanence, l'éternité du Principe.
Mais si l'on retient l'idée que le présent n'existe pas, en ce qu'il est un futur déjà dépassé, cette représentation trifrons se réduit à une représentation en bifrons. C.à.d à l'opposition entre les deux principes bien et mal.
Or l'église romaine dogmatisante a toujours combattu cette double idée d'un Principe unique cause de tout et celle de l'existence de deux principes opposés, se combattant éternellement, pour imposer celle de Dieu en tant que "personne" (père) agissant (tout puissant créateur) dans le monde (ciel et terre) s'offrant lui-même (Dieu fait homme, agneau du sacrifice) en rémission des péchés.
Elle ne pouvait donc que condamner ces représentations trinitaires (compagnonnique ou non).
1. Que représente la marque de Salers ? (et la Sainte Trinité n'est qu'une piste, peu solide, parmi d'autres) ;
2. En quoi l'image de la collection Bonvous se rattache-t-elle aux compagnons tailleurs de pierre ?
J'ajouterais que les Compagnons passants tailleurs de pierre, d'après tout ce que l'on sait d'eux, n'avaient pas vraiment le profil de "penseurs libres" (et encore moins de "libres penseurs", en effet), amenés à se poser des questions sur la Cause première. Ils suivaient en toute simplicité les principes catholiques de leur temps, enseignés par le curé de leur ville ou village. L'idée qu'ils étaient affranchis du dogme émerge entre les deux guerres, sous la plume de Frédéric Brunet (Les constructeurs de cathédrales, 1928) et d'Albert Bernet (Joli Cœur de Pouyastruc, 1928) mais ne repose sur rien.
le 1er commentaire dit "M. et Mme Gros ne semblent pas avoir relevé d’autres sculptures de ce type dans cette « maison des Templiers »"
Pourtant cela abonde !
Je vous laisse consulter le blog de la Sté Historique du pays de Salers, rubrique ALBUM PHOTOS et catégorie 'maison dite des templiers' vous y trouverez bien d'autres symboles sculptés dont nous aimerions bien connaitre la signification.
Merci d'avance pour vos commentaires
Les autres sculptures sont toutefois d'un tout autre type que celle qui a retenu ici notre intérêt, qui appartient à la catégorie des marques. Dans votre album photo, elle est qualifiée de « signature de l'architecte ou du tailleur de pierre », ce qui est une hypothèse comme une autre. Les sculptures dont vous parlez, qui se trouvent sur des culots et des clés de voûte, appartiennent à un tout autre registre iconographique. Au demeurant, je me demande sur quels éléments documentaires précis s'appuient les lectures qui en sont proposées, comme « lion de David » ou « lion de Juda ».
Par ailleurs, peut-être pourrez-vous nous dire pourquoi cet édifice est nommé « maison des Templiers » alors qu'il est clairement postérieur à la disparition de l'Ordre du Temple ?
On ne sait pas pourquoi cette maison s'appelle "maison des Templiers", on penche pour une confusion avec les Hospitaliers. Il y en avait dans le Cantal. Un natif de Salers nommé Israel de Mossier était visiblement commandeur dans une autre paroisse des environs.
Les illustrations des images ont été reprises sur une publication d'un guide local.
Entre parenthèses, pas mal de maisons de Salers ont leur porte d'entrée surmontée de ce genre de triangle, où les pointes sont remplacées par des boules... De tête j'en connais au moins 5.
Cordialement
Je penche également pour une confusion avec les Hospitaliers, qui est très fréquente et cela d'autant plus que ces derniers ont pris la succession des Templiers dans de nombreux domaines après la dissolution de l'Ordre du Temple et la redistribution de ses biens.
Ce que vous dites au sujet des marques en forme de triangle dont les pointes sont remplacées par des boules, est très intéressant, surtout s'il y en a autant. Serait-il possible d'en avoir des photos ? De quand datent ces maisons ? Est-ce un motif qui est employé sur une longue période ou seulement par un tailleur de pierre ?
Cordialement.
Pour la marque du musée, je vous précise qu'elle se trouve sur une cheminée (immense cheminée typique de la région), sur le bord externe.
Cordialement
Je publie ci-dessous trois photographies des portes évoquées, envoyées par Isabelle Fernandez. On remarquera tout de suite qu'il ne s'agit donc pas de marques en forme de triangles dont les sommets sont marqués par des boules, mais de frontons triangulaires de portes dont les sommets sont marqués par trois ornements sphériques.
Une est datée de 1666. Elle a perdu sa boule sommitale.

Une autre de 1700.

La troisième n'est pas datée.

Ces portes ne possèdent pas de rapport direct avec la marque qui nous occupe ici. Il s'agit en fait d'une adaptation locale — charmante à nos yeux aujourd'hui, mais assez rudimentaire pour son époque — du style ionique et de la théorie des ordres d'architecture popularisée par Vignole (alias Maître Jacques… Barozzi, que j'ai étudié dans ma conférence sur « Les avatars de Maître Jacques » publiée dans les Fragments d'histoire du Compagnonnage, volume 11).
Les pseudo chapiteaux de la porte datée de 1700 évoquent en effet sans conteste le chapiteau caractéristique de l'ordre ionique, avec sa double volute. Ceux de la porte non datée, mis en regard de l'exemple précédent, en sont une dégénérescence très nette. Par ailleurs, les denticules qui forment l'ornement caractéristique de ces trois exemples renvoient incontestablement, eux-aussi, aux trois ordres d'architecture antique — où ils ornent l'architrave. À titre d'illustration, je reproduis ci-dessous une gravure tirée des Règles pour les cinq ordres d'architecture de Vignole (dont il y eu de nombreuses éditions de poche durant le XVIIe siècle), montrant un portique de l'ordre ionique : on y reconnaîtra sans peine les denticules et les volutes du chapiteau.

Quant aux trois sphères posées sur des piédestaux et marquant les sommets du triangle du fronton, c'est également un thème classique de l'architecture baroque dont Vignole, via son célèbre traité, fut l'un des principaux promoteurs jusqu'au plus profond de l'Europe et même au-delà. Toujours à titre d'exemple, je reproduis ci-dessous une gravure représentant la façade du vestibule du collège de Saint-Laurent-de-l'Escurial, tirée elle-aussi d'un Vignole ancien.

Ce qui est intéressant au travers ce cas des portes de Salers, c'est précisément de constater non seulement la diffusion des modèles de l'architecture classique via le traité de Vignole, principalement, mais aussi le fait que les maîtres-maçons/tailleurs de pierre locaux s'en emparent pour les transformer à leur guise. Les modèles circulent également par le biais du tour de France des artisans, et le fait qu'ils ne sont cependant pas dans l'imitation servile démontre qu'ils possèdent encore, avec plus ou moins de bonheur, le sens de la création qui, déjà en ce siècle, était de plus en plus « réservé » aux architectes.
Mais tout cela, quel qu'en soit par ailleurs l'intérêt (qui reste en rapport avec les thèmes étudiés dans ce blog), ne nous apporte pas de lumière nouvelle quant à l'énigme de la marque de la Maison des Templiers… Du travail pour Dan Brown !
Concernant cette marque très curieuse, je n'ai hélas rien de précis à apporter. Mais cela me semble en étroite harmonie avec les analyses de sceaux de maîtres-maçons médiévaux que Jean-Michel Mathonière a publié dans son livre "Le serpent compatissant", dans le chapitre 2 qui est justement téléchargeable gratuitement sur le site (http://www.compagnonnage.info/PDF/Serpent.pdf).
Je pense pour ma part que la fameuse Trinité de Bonvous est une interprétation qu'il a developpée, avec naïveté, à partir de ses lectures sur le symbolisme, la tradition moyenâgeuse, etc. C'est assez typique des discours sur la tradition spirituelle de l'Occident de la fin du 19e siècle.

Pour l'anecdote, cette Trinité est éclairée naturellement une fois par an lors du solstice d'été, le 21 juin à 14 h 00 (soleil au zénith).
Elle aurait été réalisée par les Compagnons à la fin du XIXe.








