À propos du lacs d'amour
3 Décembre 2009
À propos du lacs d'amour
Publié le 3 Décembre 2009 @ 07:00:00 , contient 542 mots
Jean-Michel Mathonière a bien mis en évidence la complexité des interprétations à donner aux outils et autres éléments anciens. Il en est ainsi des lacs d'amour figurant sur la chapelle Notre Dame de la Grâce à Saint-Jean-de-Belleville (73), sur la clef de voûte de l'église de Marennes (17) et sur le claveau sculpté de Tournus (21) — voir l'article de J.-M. Mathonière à ce sujet. Si le lacs d'amour est bien une figure héraldique formée à partir d'une corde (un lacet), s'il a d'abord été employé en dehors de tout contexte de métier, compagnonnique et maçonnique, il n'en demeure pas moins qu'il figure aussi dans ces contextes. Il est possible qu'il y ait eu un phénomène d'emprunt des maçons aux compagnons, mais je penche plutôt pour l'emploi spontané et non concerté d'un symbole présent dans les images des XVIIe et XVIIIe siècle.
A titre d'exemple, on pourra remarquer comment sont noués les cordons des pénitents représentés sur une fresque du XVIIIe siècle, dans la chapelle de Sainte-Jalle (Drôme).

© Photographie Laurent Bastard, D.R.
On connaît bien par ailleurs la représentation des armoiries des cardinaux, archevêques et évêques, formées d'un chapeau et de houppes à lacs d'amour, dont le P. Menestrier a donné des exemples dans La Nouvelle méthode raisonnée du blason (1696).
Suite:

Mais un autre élément vient peut-être expliquer l'emploi du lacs d'amour dans un contexte de métier. N'aurait-il pas été adopté de par sa ressemblance avec le cordeau de traçage, voire avec la corde qui suspend un plomb, dont on réduit la longueur en formant le 8 couché semblable au lacs d'amour ? Ce type de glissement progressif d'un objet usuel vers une forme symbolique n'est pas rare. En tout cas, voici ce qui a motivé cette réflexion. Il s'agit de la photo prise d'une dalle funéraire de la cathédrale saint Michel et sainte Gudule de Bruxelles (Belgique), édifiée du XIIIe au XVIe siècle.

On y distingue les outils d'un maître maçon et tailleur de pierre autour de ses probables initiales en monogramme (I C) : ciseau, maillet, règle, compas, marteau, fil à plomb, truelle, équerre (triangle isocèle) et enfin cordeau. On remarquera que ce dernier est noué en 8. S'il ne constitue pas un lacs d'amour au sens propre (les deux extrémités de la corde ne resserrent que le centre), sa forme, toujours actuelle, n'aurait-elle pas pu faciliter l'adoption du lacs d'amour en tant que symbole fraternel chez les maçons ? Car il faut noter qu'aucun autre corps de métier compagnonnisé n'en a fait usage (à l'exception des cordonniers sur leurs lithographies du milieu du XIXe siècle et des boulangers, mais dans ces deux cas, il s'agit sans équivoque de l'utilisation d'un symbole qui était désormais maçonnique).

Comme toujours : appel aux visiteurs pour faire connaître d'autres cordeaux en lacs d'amour sur des blasons, linteaux sculptés, pierres tombales...
16 commentaires
le lacs d'amour est effectivement un symbole médiéval, devenu signe héraldique notamment dans les ordres de chevalerie. Il fut l'emblème préféré du comte vert (XIVe s.), et de lui passa à la maison de Savoie. Il était une représentation de la véritable et indissoluble amitié, de la foi jurée et inaltérable. Ainsi le troubadour Arnoud Daniel, écrivait entre 1180 et 1210:
"En ma dame est si ferme mon vouloir
Que d'elle jamais il ne fit détour...
Le Rhône par toutes les eaux qui l'enflent
N'est pas si bouillonnant qu'ondes de coeur
qui font un lacs d'amour quand la regarde".
Je pense que son sens primitif s'est maintenu dans la symbolique de métier,notamment maçonnique, et cela dit assez que l'origine de cette dernière est bien médiévale.
Est aussi à mettre en relation avec le noeud d'amarre réputé indéfaisable ainsi qu'avec le noeud de capucin ou de cordelière.
Le fait qu'il figure sur la houppe dentelée (corde à noeud) des (francs)maçons ne prouve en rien l'origine médiévale de la maçonnerie où il symbolise plutôt la chaîne d'union (celle qui en d'autres lieux est tissée pour unir tous les coeurs).
Pourrait être en relation avec le tissage (noeud des tisserants servant à enserrer la pierre (laâs ou las) assurant la tension du fil de trame). Et avec les maçons car le mot grec "laâs" signifie aussi la pierre à bâtir.
Quant aux relations qu'établit M. Lepage entre le lacs d'amour et le nœud des tisserands et le nom grec de la pierre à bâtir, elles me paraissent un peu forcées. Pourquoi des anglais (qui disaient "love knot" pour lacs d'amour) auraient-ils pu s'appuyer sur l'homophonie existant entre un mot français (lacs) et un mot grec (laâs) pour adopter ce symbole ?
Les éléments du problème sont simples :
1 : Le lacs d'amour est un symbole d'union, d'amour, de fraternité.
2 : il est attesté dès le Moyen Age en héraldique et sur diverses représentations religieuses et profanes.
3 : il est adopté par la franc-maçonnerie au XVIIIe siècle et par les compagnons tailleurs de pierre Etrangers à la même époque.
4 : les compagnons de quelques autres métiers l'adoptent à leur tour au XIXe siècle. Dans tous les cas, avec le même sens que celui de l'héraldique, c'est-à-dire comme symbole d'union et d'amour.
La question est seulement de savoir pourquoi les maçons (de métier et francs-maçons) l'ont adopté plutôt qu'un autre pour exprimer ces sentiments (sachant qu'au XIXe siècle, on rencontrera d'autres emblèmes, par exemple, les deux mains serrées, ou "bonne foi", vieille figure, elle aussi, qui exprime la même idée). En d'autres termes, le lacs d'amour n'aurait-il pas été délibérément choisi par les maçons et tailleurs de pierre de par sa ressemblance avec un cordeau noué en 8 ? Ce n'est qu'une hypothèse.
Les symboles aussi ont une histoire et leur choix repose souvent sur leur similitude avec des formes voisines, voire sur des confusions. Je ne citerai que l'exemple du phare, symbole de la lumière, figurant sur les anciens rôles des compagnons passants tailleurs de pierre. Presque tous les actuels compagnons du Devoir, y compris les tailleurs de pierre, y voient une représentation de la tour de Babel parce qu'elle figure sur leur couleur. Inconsciemment, ils projettent une forme symbolique à la fois ancienne (parce que biblique) et récente (parce qu'adoptée seulement en 1941 par l'Association ouvrière des compagnons du Devoir) sur des documents vieux de deux siècles, opérant ainsi un anachronisme patent qui conduit à donner une nouvelle signification à un symbole.
Ce sont tous ces mécanismes psychologiques, ces glissements insensibles de sens et de formes au cours des époques, ces réinterprétations et créations de nouveaux sens, qu'il convient d'étudier notamment grâce à ce blog. Avec rigueur, prudence et en s'appuyant sur des témoignages historiques fiables.
Est-il possible de rajouter à vos commentaires pertinents, l'usage d'une corde à 12 noeuds chez les druides...
Ainsi que l'usage géométrique fait par les compagnons bâtisseurs de Cathédrales au service de l'Ordre du Temple d'une corde à 12 noeuds et donc 13 intervalles. Cela facilitait grandement les tracés basés sur le nombre d'or.
Ce savoir venait d'Orient...
Fraternellement
Le veilleur
Ce blog a une vocation historique. Le Veilleur pourrait-il donc nous indiquer :
1° la source de l'usage d'une corde à 12 noeuds chez les druides, et à quoi elle servait ;
2° la source de l'usage d'une corde à 12 noeuds par les compagnons bâtisseurs de cathédrales ;
3° la source de l'affirmation selon laquelle les compagnons ont bâti les cathédrales ;
4° la source selon laquelle ces mêmes compagnons bâtisseurs étaient au service de l'ordre du Temple et pourquoi ;
5° En quoi cette corde facilitait-elle grandement les tracés selon le nombre d'or ;
6° La source selon laquelle ce savoir (lequel ?) venait d'Orient (quand, de quelle partie de l'"Orient" ?).
Nous retrouvons dans ce commentaire tous les amalgames habituels entre druides-compagnons-bâtisseurs de cathédrales-templiers-Orient, issus des écrits d'Albert Bernet, Frédéric Brunet, Louis Charpentier, Raoul Vergez et Henri Vincenot (entre autres), que malheureusement aucun témoignage historique sérieux n'est parvenu à justifier jusqu'à présent.
Reste à établir la source extra-terrrestre ou supra-humaine de ce salmigondis symbolique… ;-)
A la question
"En quoi cette corde facilitait-elle grandement les tracés selon le nombre d'or"
Il faut répondre, cette corde ne facilite rien. tout au contraire.
Le lien entre la corde à 12 noeuds et 13 espaces et le nombre d'or semble obscur, voire passé sous silence chez la majorité des auteurs.
- la corde d'arpentage est figurée chez les égyptiens (La géométrie égyptienne. Théopjile Obenga. chez l'Harmattan).
A ma connaissance la corde à noeuds n'a jamais été représentée à cette époque.
-le triangle 3-4.5, dans le papyrus de Rhind (-1600 et - 1800) est la résultante d'un calcul de pente concernant les pyramides. (problème 63, sauf erreur).
La corde sans ou avec noeuds a un lien indirect avec avec les lacs d'amour qu'ils soient ecclésiastiques, ou francs-maçons spéculatifs. D'ailleurs, en loge, le nombre les lacs n'est pas fixe, cela tant sur les anciens tapis de grades, que sur le pourtour de la loge.
Indirect pourquoi?
La corde d'arpentage mesure le réel tangible et palpable et le non réel, par exemple pour faciliter l'explication, le tracé d'un polyèdre. Ce dernier exprime ce qui n'est pas encore, mais qui, néanmoins est en puissance d'être.
A la "lisière" des deux, entre ombre et obscurité, au premier coup de burin, une rencontre se fait, comme si le dessin naissait dans le bloc de pierre. Entre le tracé géométrique et le bloc, il s'établit le cycle/temps de la réalisation par le geste. Voilà intellectualisé un concept mathématico-géométrique que l'on doit écrite ainsi:
en puissance d'être / en réalisation
ou:
(cycle/Temps) + ( Temps: 1/2 cycle)
ou
(3.14/2.21) + (2.21 / 1.57) / 2 = 1.414.
Ajoutons par l'écriture des nombres:
(3+1+4)+ (2+2+1) = 13
Le lien entre cela (1.414 , 13) le triangle 3.4.5 et le nombre 1.618
est bien plus complexe et pour être expliquer clairement nécessite un tracé.
.
Mes recherches sur ma famille maternelle Jahan m'ont permis de découvrir leurs armes " D'argent à trois serpents de sinople en las d'amour au chef d'or à trois colombes de sable" Devise: estoti ergo prudentes sicut serpentes simplices sicut colombo'é" Montrez-vous prudents tels des serpents innocent comme les colombes. Evangile de Mathieu chap 10 v16. Cette famille Jahan d'Embourne descend de Jahan de Fulbourne qui vient lui de John Beauchamp de Fulbourne et de Fyfield. Cette famille est d'origine Normande et par la suite bien sur Anglo-Normande. Les Beauchamps sont liés au Toeni et autres compagnons de Guillaume le conquérant. Le las d'amour est le symbole d'une grande foi. Je pense que Jahan d'embourne qui blasonnait de gueule à trois serpents d'argents dont le père avait trois dragons d'argents(serpents ailés)n'est qu'un élément de cette famille qui a donné des chevaliers de St Jean de Jérusalem et Stéphen Beauchamp evêque qui est enterré à Westminster(parmis d'autres).Je pense que les Jahan d'Embourne ont ajouté leurs armes en las d'amour pour symboliser leurs origines "celtique" bien que nous savons que leur devise du 15e siècle(longue)est tiré des évangiles sans doute en relation avec leur nom de Jahan qui est de Jean,Jehan, Jahan, Jaan,Joannes,Jéhohannan voir Yéhohannan dont le nom signifie"Y.H.W.H accorde ou don de Y.H.W.H, grâce de Y.H.W.H." Je n'ai sans doute pas tout donné comme explications mais je crois qu'elles peuvent être utiles. Porté le nom d'un apôtre qui a écrit trois lettres un évangile et l'apocalypse( révélation ou dévoilement)connu pour sa faconde et son savoir et comme apôtre de l'amour(agapé). les Jahan d'Embourné furent avocats , sénéchaux, lieutenant généraux et l'un des tous premiers sénéchal et gouverneur d'une forteresse(Marmande, Poitou ou Guyenne?).
J'invite toute personne à correspondre sur ce sujet avec moi.
Je vous remercie.
Je souhaiterais souligner que les "lacs d'amour" et "la houppe dentelée" sont, pour la franc-maçonnerie, selon feu René Desaguliers, un "accident français" , probablement lié aux difficultés de traduction dans la première moitié du XVIIIème siècle, des termes "danty Tassley" & "Intended tassel" avec un substitution de symbole. Toujours est-il, qu'effectivement les lacs d'amour et la houppe dentelée ne font pas partie de la tradition de la maçonnerie anglaise (sinon plus tardivement par retour français, et de façon très partielle). L'article et les commentaires ci-dessus apportent un éclairage intéressant sur la très probable appropriation en France, par la franc-maçonnerie, au XVIIIème, de ce symbole.
(voir R Desaguliers. Les pierres de la franc-maçonnerie.)
En effet, si ces chaînes ont pour but la mémoire, et si les lacs en héraldiques étaient souvent attribués aux veuves et aux gens d'Église, dont l'état évoquait le souvenir ( l'eglise étant veuve de Jésus Christ ), on peut imaginer un glissement des uns vers les autres avec une simplification du style. Ce ne serait pas contradictoire avec la présence des Lacs d'Amour sur les tableaux de loges qui avaient au moins pour une part un rôle de mémoire.








