Un emblème avec équerre et compas à Pont-sur-Yonne (89)
24 Décembre 2009
Un emblème avec équerre et compas à Pont-sur-Yonne (89)
Publié le 24 Décembre 2009 @ 07:00:00 , contient 164 mots
Le Pays Brian Raquin m'a transmis ces photographies d'une demeure à Pont-sur-Yonne (89) qui possède d'intéressants éléments sculptés sur sa façade, dont un claveau orné d'un compas et d'une équerre entrecroisés autour d'une petite étoile à cinq branches.

Maçonnique ? Compagnonnique ?
Suite:
Je penche plutôt pour la seconde réponse. La présence de l'étoile à cinq branches fait bien évidemment à la symbolique maçonnique, à laquelle les Compagnons l'ont empruntée, avec ou sans la lettre G, dès avant la fin du XVIIIe siècle. Mais l'absence de toute autre référence spécifiquement maçonnique (par exemple la lettre G ou des rameaux d'acacia), d'une part, et, d'autre part, la riche ornementation de cette façade, m'incite plutôt à penser que c'est là l'œuvre et la demeure d'un Compagnon tailleur de pierre.
Question désormais rituelle : quelqu'un a-t-il des informations complémentaires au sujet de cette maison ?

6 commentaires
- compas entrecroisé avec équerre, c'est compagnonnique,
- compas sur équerre, c'est maçonnique.
La loge de Compagnon, dans laquelle le compas s'entrecroise avec l'équerre, comme la montée en chambre de Maître, répondent à des rituels particuliers. Peu de chance donc, de prendre une sculpture extérieure de compas croisant une équerre pour un signe maçonnique.
Du côté compagnonnique, il en est de même. On rencontre sur les gravures, diplômes, peintures, lithographies, sculptures, pierres tombales, etc. toutes les combinaisons possibles : tantôt le compas est sur et tantôt sous l'équerre, et tantôt il est entrecroisé avec elle (le recouvrement de l'équerre à droite ou à gauche étant par ailleurs encore un faux problème, puisqu'il y a autant d'exemples dans un sens que dans un autre, selon les corps de métiers et les époques).
A trop vouloir lire ces blasons avec des réflexes maçonniques, en méconnaissant le fait que les symboles ont connu eux aussi de nombreux changements selon les époques, on commet de grands contresens et des anachronismes. On en oublie l'essentiel, à savoir le couple formé par l'association des deux outils, quelle que soit leur position l'un par rapport à l'autre, ainsi que la figure en carré instable ou en losange, dessinée par la rencontre du compas et de l'équerre. Quoiqu'en pensent les tenants d'une tradition permanente, transmise de siècles en siècles, ces outils et leurs formes ne sont pas porteurs d'une signification unique et éternelle. Ils ont acquis du sens au fil des générations de compagnons, en fonction de leurs propres interprétations, de leurs lectures, selon leur métier. Ils n'ont pas de sens "en soi", ils n'ont de sens que celui que les compagnons de telle corporation et de telle époque leur ont donné. La meilleure preuve en est la multitude de significations symboliques qui figurent dans les règlements, catéchismes et reconnaissances au cours du XIXe siècle.
Il est d'ailleurs notable que les compagnons eux-mêmes ont été influencés par la norme maçonnique durant la seconde moitié du XIXe siècle, pour adopter de plus en plus des blasons composés des deux outils entrecroisés. Je rapporterai à ce propos une anecdote. A la fin du XIXe siècle, les compagnons du Devoir firent confectionner un nouveau modèle de "couleur" (ruban) dit de la F.I.S. (Fédération Intercompagnonnique de la Seine), pour reprendre la classification adoptée par René Lambert. L'une des figures gaufrées sur la soie de cette couleur représente un compas posé sur une équerre, avec un oeil en gloire entre les deux outils. Ce modèle de couleur a été abandonné après la fondation de l'Association Ouvrière des Compagnons du Devoir, en 1941. Cependant, dans les années 1990, les compagnons boulangers du Devoir de Tours, attachés aux "couleurs de fonction" des "hommes en place" (premier en ville, second en ville et rouleur), firent fabriquer un nouveau rouleau à gaufrer les couleurs. Se posa alors la question de l'emblème précité, car il apparaissait trop maçonnique. Il fut alors décidé d'entrecroiser les deux outils et non de laisser le compas posé sur l'équerre ! En réalité, c'est ce changement même qui s'est aligné sur le symbolisme maçonnique, pour faire correspondre inconsciemment la qualité de compagnon (du Devoir) avec le grade de compagnon (franc-maçon), alors que sur l'ancienne couleur de la F.I.S., l'absence d'entrecroisement ne présentait aucune signification particulière...
La maison semble dater de 1880 à 20 ans près. Le balcon est en fer laminé industriel.
Dans le Compagnonnage comme dans le blason l'équerre et le compas sont normalement entrelacés.
Comme le souligne avec pertinence Laurent Bastard, c'est là une typologie relativement récente qui traduit cette tendance fréquente dans le contexte spéculatif à « sur-symboliser » à tout propos et souvent sans nécessité, au risque de perdre de vue le sens initial des symboles.
Et de plus, une erreur relevée par JM Mathonière! J'avais pourtant relu...








