Les voûtes plates de l'hôtel de ville d'Arles (13)
12 Août 2010
Les voûtes plates de l'hôtel de ville d'Arles (13)
Publié le 12 Août 2010 @ 07:00:00 , contient 288 mots
La voûte plate de l'hôtel de ville d'Arles (Bouches-du-Rhône) est le chef d'œuvre de la stéréotomie française de l'époque classique (la vis de Saint-Gilles du Gard, non loin de là, étant celui de l'époque romane). Cette voûte couvre une surface de 15 m par 15 m, avec une flèche égale au 1/9 de sa portée.

Sa réalisation débute en juin 1673 : les fondations de l'hôtel de ville viennent d'être achevées sur les plans de Dominique Pilleporte et de Jacques Peytret. Les consuls demandent à Jules Hardouin-Mansart, de passage en Arles, s'il est possible de couvrir le vestibule, qui doit servir de lieu de réunion publique, avec une voûte sans aucun poteau intermédiaire. Les architectes locaux sont convaincus que des poteaux sont absolument nécessaires. Mansart persuade les consuls qu'il est possible de voûter la salle sans poteaux. Jacques Peytret suit Jules Hardouin-Mansart à Béziers, où il se rendait, et fait le dessin de la voûte sous sa direction.

L'année suivante, plusieurs modèles de voûte sont réalisés par des compagnons tailleurs de pierre sous la direction de Peytret. Finalement la voûte est construite sous la direction d'un « compagnon passant » « venant d'Italie » (cf. compte rendu de l'Académie d'Architecture de Paris, en date du 28 juillet 1684).

La qualité d'exécution est remarquable et l'ensemble offre au regard d'étonnantes compositions.



Bibliographie :
— Pérouse de Montclos, Jean-Marie, L'Architecture à la française, éd. Picard, Paris, 2001.
— Tamboréro, Luc (CPTDP), « The vault of Arles City Hall: A carpentry outline for a stone vault? », communication présentée au First International Congress on Construction History, Madrid, 20-24.01.2003.
3 commentaires
http://www.patrimoine.ville-arles.fr/images/document/hdv_Boyer.pdf
Malheureusement, si le texte principal est publié in extenso, il est dépourvu de toute illustration, ce qui rend difficile la compréhension de certains passages.
De même ont été supprimés tout le corpus de références et surtout la publication quasi exhaustive des textes (devis, délibérations, mémoires d’entrepreneurs, expertises, etc.), qui permettaient une lecture à un autre niveau… Dommage – mais il est toujours possible d’avoir recours à la publication d’origine.
Trois choses – du plus évident au plus ignoré :
1) La citation des PV de l’académie Royale aurait dû interpeller Pérouse de Montclos : on peut légitimement se demander si la réalisation est bien l’œuvre d’un « compagnon passant venu d’Italie », tant ce pays est fort peu « stéréotomiste ».
2) Dans sa partie méridionale, la voûte intègre un grand arc de décharge supportant le refend qui fait de l’étage un corps double – bien visible dans le dernier cliché.
3) La maçonnerie d’extrados intègre vraisemblablement des tirant de bois – cf. le remboursement à Jacques Peytret, en fin de chantier, pour diverses fournitures dont « deux grandes poutres qui sont dans la voûte ».
Cordialement
Alain
A partir d’un point de départ obligatoire – le fameux arc de décharge dont le tracé conditionne celui de la partie méridionale de la voûte – Mansart a eu l’idée de constituer l’autre partie, non pas dans son prolongement, mais sous la forme d’un autre berceau surbaissé et orthogonal au premier.
On note au passage un des « trucs » utilisés par l’architecte, celui de faire porter les principaux points d’articulation par des colonnes totalement dégagées, ce qui réduit de prés d’1,50 m. les portées.
Une fois calés les deux membres principaux – qui matérialisent une superbe pénétration à leur croisement – les solutions annexes coulent pour ainsi dire de source : le grand berceau longitudinal se termine par deux demi-culs de four, dont les coins sont portées par des demi-voûtes d’arêtes qui dégagent les baies. Le départ de l’escalier et son symétrique sont couverts de voûtes en canonnière (coniques) légèrement biaises, et la porte Nord couverte bien entendu d’une arrière voussure de Saint Antoine, découpe une large lunette dans le berceau.
La partie méridionale n’est pas en reste : le demi-cul de four qui la termine possède un dessin tout à fait unique, qui étire ses bases de part et d’autre de la porte Sud. Le recul est en effet insuffisant, mais cet étirement a amené le concepteur à utiliser un artifice en rupture totale avec le reste de la composition, puisque la partie centrale se raccorde à la clef de l’arc de décharge via des assises rampantes – autrement dit, des assises non assisées ! Si la lunette au dessus de la porte est identique à celle d’en face, par contre les demi-voûtes d’arêtes sont obliques…
En définitive, une construction d’une virtuosité éblouissante…
Cordialement
Alain
Il est fort probable que des tirants existent, ce comme dans beaucoup de grandes voûtes — telle celles du Panthéon.
Un point particulier est à préciser : il n'existe que très peu d'épures concernant ces ouvrages et, en général, il ne s'agit que de cas simples — voir épure 37 de La Tranquillité de Caux — ; de plus, les ouvrages de stéréotomie du XIXe siècle ont pratiquement ignoré cette technique car elle n'était plus alors employée.








