Une médaille de Compagnon Passant plâtrier de la Cayenne de Nîmes, Matthieu Ferbos dit « La Pensée de Langon »
24 Août 2010
Une médaille de Compagnon Passant plâtrier de la Cayenne de Nîmes, Matthieu Ferbos dit « La Pensée de Langon »
Publié le 24 Août 2010 @ 07:00:00 , contient 826 mots
D'après le tableau des préséances compagnonniques établi à Lyon le 18 mai 1807 à l’occasion d’une assemblée de tous les corps d’états du Devoir (enfants de Maître Jacques et du Père Soubise), le compagnonnage des plâtriers aurait été établi en 1703 par les Compagnons charpentiers Bondrilles et reconnu de tous les corps du Devoir seulement en 1797. Il s'agit d'un compagnonnage beaucoup moins connu et étudié que ceux des tailleurs de pierre, des charpentiers ou des menuisiers. Le Compagnon Passant plâtrier du Devoir Joël Puisais (La Persévérance de Brest) a donné en 2005 une importante conférence à propos de l'histoire de son corps compagnonnique (« Le compagnonnage des plâtriers », in Fragments d'histoire du Compagnonnage, volume 6, Tours, Musée du Compagnonnage, 2006. pp. 87-115).
Parmi les Compagnons cités dans son étude figure Ferbos dit « La Pensée de Langon », qui, résidant alors à Marseille, fut l'un des signataires en 1893 de la patente (voir le texte in extenso à la fin de cet article) qui donna à l'Union Compagnonnique l'autorisation de recevoir des Compagnons plâtriers dans les villes où les Compagnons Passants plâtriers du Devoir n'avaient plus de Cayenne. Ce corps, comme de nombreux autres à la même époque, était en effet en voie d'extinction et une partie importante de ses membres avaient adhéré dès sa création, en 1889, à l'Union Compagnonnique.
Je reproduis ci-dessous une belle médaille lui ayant probablement appartenu, trouvaille faite il y a déjà quelque temps.

Un côté porte le blason des Compagnons plâtriers : compas et équerre entrecroisés, accompagnés de la truelle et de la hachette de plâtrier. Un nom compagnonnique est inscrit en dessous : « LA PENSÉE DE LANGON »
Suite:

L'autre côté porte le blason de la ville de Nîmes, accompagné de la mention suivante : « CAYENNE DES CONPAGNON [sic] PASSANTS PLATRIERS DE NIMES (U.V.G.T.) »
Les quatre lettres U.V.G.T. sont celles des Compagnons de rite Soubise, dont il a souvent été question ici pour ce qui concerne les Compagnons charpentiers.
Cette médaille mesure 36 mm de diamètre. Elle est en métal argenté.
Cette médaille soulève deux questions :
— L'existence d'une Cayenne de Nîmes n'est pas mentionnée dans l'étude pourtant très documentée de Joël Puisais. Aurait-elle eu une brève existence ?
— Quelle est la raison d'être de cette médaille ? S'agit-il d'un « insigne de membre » ou bien a-t-elle été réalisée pour une autre occasion ?
On connaît en effet pour les Compagnons Passants plâtriers l'existence de médailles de remerciement, c'est-à-dire de médailles accordées aux Compagnons qui « remerciaient » leur société (la quittaient en règle). Celle que je reproduis ci-dessous, en argent, illustre la conférence de Joël Puisais.


L'absence de mention « a remercié » sur celle de La Pensée de Langon incite à penser que cette médaille ne remplissait pas les mêmes fonctions que celle reproduite ci-dessus.
Question rituelle : quelqu'un peut-il nous apporter quelques informations complémentaires sur La Pensée de Langon, la Cayenne de Nîmes, la fonction de cette médaille compagnonnique ?
Extrait de la conférence de Jean Philippon, « Des métiers traditionnels du Compagnonnage aux cent métiers de l’Union Compagnonnique », in Fragments d'histoire du Compagnonnage, volume 8, Tours, Musée du Compagnonnage, 2008, pp. 115-116 :
Les plâtriers. Ce compagnonnage du rite de Soubise avait adhéré dès 1889 à l’Union Compagnonnique. En 1893, selon la même procédure que celle des cloutiers et de nombreuses autres sociétés, ils donnent patente à l’Union pour recevoir à leur place les ouvriers de leur métier ou de parties similaires :
« Nous tous Compagnons Passants Plâtriers D∴ D∴ enfants de Soubise, au nom de nos cayennes du Tour de France, autorisons l’Union Compagnonnique, partout où elle est régulièrement constituée, à recevoir compagnons les aspirants de notre corps de métier, ainsi que ceux des corporations similaires, là où il n’y aura pas de CC∴ passants plâtriers faisant partie de la société, et s’ils méritent par leur conduite et leurs capacités le titre de C∴ Cette autorisation est donnée aux conditions suivantes et sous la responsabilité de ceux qui les présentent : 1° Que les candidats présentés seront d’une conduite sans reproche, attestée par des pièces à l’appui ; 2° Qu’ils soient capables de faire, avec honneur, les travaux de leur partie qui leur seront confiés ; 3° Que les CC∴ qui les présentent soient assurés de leur savoir professionnel et s’en portent garants par écrit ; 4° Que les CC∴ qui les présentent appartiennent à des corporations adhérentes à l’Union Comp∴ et (que) le métier qu’ils professent soit autant que possible en rapport avec notre société ; 5° D’avertir, après chaque Réception, la Cay∴ la plus proche de la corporation des CC∴ Plâtriers, et recommander aux nouveaux reçus de se faire instruire selon le Devoir de notre Rite.
Approuvé, signé et scellé en Cayenne, ce jour, le 31 décembre 1893 à Marseille.
Barthélémy La Prudence de Nîmes ; J. Dufeu dit l’Aimable de Vienne ; Mahé Augustin dit Belle Rose de Vannes ; P. Fascis dit Bienfaisant de Sorgues ; E. Chrétien dit La Clé des Coeurs d’Elbeuf ; Ferbos La Pensée de Langon. »
Une précision enfin : d'après les informations aimablement communiquées par le Pays Philippon, le prénom du Coterie Ferbos était Matthieu et il a été actif dans le Compagnonnage de 1861 à 1894.
2 commentaires
Potier y raconte le second tour de France qu'il accomplit sans doute en 1888 pour revoir ses amis et correspondants. Après son passage à Saint-Maximin et à la Sainte-Baume, il rentre à Toulon puis en repart pour Nîmes. Voici le passage sur la cayenne de cette ville :
"Moi, j'en repars et vais à Nîmes d'un seul bond.
Chez notre ancienne mère, on m'accueille, on m'invite
A passer quelques jours au pays ; ah ! bien vite
J'accepte : en la cité j'ai de nombreux amis
Qui tous m'ont choyé, tous gaiement se sont mis
A mon service pour visiter le théâtre,
Les monuments anciens, le grand amphithéâtre,
Les antiques palais, la porte de César,
La tour Magne et le Cours, puis le riche bazar,
La fontaine de Diane et la Maison-Carrée,
De Reboul la statue, et le riche musée ;
Ah ! mes chers compagnons, quel spectacle charmant !
Je les quitte à regret, je ferais le serment
Qu'un jour j'y reviendrai ; toi, mon ami Sincère,
Je te sais gré d'avoir su me guider en frère."
On remarquera que J. Potier écrit s'être rendu "chez notre ancienne mère", ce qui laisse penser qu'en 1888 la cayenne de Nîmes était déjà en sommeil.
L'activité des plâtriers dans les cités méridionales était pourtant assez importante depuis au moins le XVIIe siècle, notamment pour les décors des belles demeures en "gypseries".








