ENCORE DE FAUSSES CANNES DE COMPAGNONS EN VENTE PUBLIQUE !
17 Octobre 2010
ENCORE DE FAUSSES CANNES DE COMPAGNONS EN VENTE PUBLIQUE !
Publié le 17 Octobre 2010 @ 22:36:00 , contient 599 mots
Lorsqu'un luxueux catalogue en quadrichromie et couverture pelliculée brillante donne le détail d'une vente à l'hôtel Drouot, lundi 18 octobre, on prête une attention redoublée aux objets en vente et l'on s'attend à du sérieux. Surtout lorsqu'il présente trois cannes de compagnons. Mais on commence à déchanter lorsqu'on les découvre en rubrique "Campagnonage" (sic) provenant de la "Collection de Monsieur X." (re-sic).

Si le pommeau de la dernière (n° 50) semble authentique, les deux premiers (n° 48 et 49) semblent des plus douteux.
La première canne est décrite ainsi : "CANNE DE COMPAGNON. Le jonc en rotin, pommeau en corne brune à pastille d'ivoire, marquée "St Jean Vendéen La Confiance", datée 1864 et C.C.D.D.D.L. pour "Compagnon Charpentier Du Devoir De Liberté". 800 / 1000 €."
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Voilà qui est vraiment curieux… Une canne d'Indien dont le pommeau n'est pas torse ? Et puis surtout, voilà un compagnon charpentier du Devoir de Liberté qui a été reçu à la St Jean, comme les charrons, et pas à la Saint-Joseph. On en apprend tous les jours ! Il n'est pas besoin d'être expert pour se rendre compte que les lettres C.C.D.D.D.L. ne sont pas toutes de même taille et que la dernière lettre L du groupe R.A.L n'est pas suivie d'un point. Or la gravure des pastilles en ivoire (en fait, vraisemblablement en os) était plus soignée et effectuée par des fabricants de cannes professionnels qui reproduisaient soigneusement les modèles qu'on leur confiait. Bref, il s'agit d'une véritable canne mais avec une pastille ajoutée après coup, car elle devait avoir été perdue. Le problème, c'est qu'elle comporte des mentions erronées et constitue un élément faux.

La seconde canne (n° 49) semble aussi douteuse. Elle est ainsi décrite : "CANNE DE COMPAGNON A DOUBLE FERULE. Le jonc en rotin, pommeau en corne brune à pastille d'ivoire, marquée "Nantais au Coeur Fier", datée 1864 et C.D.B.D. pour "Compagnon Charpentier Bon Drille du Devoir". 800 / 1000 €"". Le mot "charpentier" a été biffé et remplacé par "bourrelier", ce qui est juste, mais il aurait fallu aussi rayer "Bon Drille"…
La gravure de cette pastille nous semble tout aussi fausse que la précédente. En effet, les deux rembourroirs placés derrière le couteau à pied sont figurés comme des outils à extrémité biseautée comme des ciseaux à bois, alors qu'il s'agissait de longues tiges de fer de plus en plus étroites. Le delta avec la lettre G ne figure pas dans le blason des bourreliers mais dans celui d'autres corps. Et puis, la technique de gravure et la date de 1864 sont identiques à celles du précédent pommeau, ce qui est vraiment troublant. Il s'agit là aussi d'une pastille gravée postérieurement et inspirée d'un authentique cachet de compagnon bourrelier du Devoir, mais maldroitement reproduit. Ajoutons que la "double férule" doit faire allusion au système de férule vissée dans un premier embout.

Il n'y a finalement que la dernière pastille de la canne n° 50, plus sobre, qui semble authentique. Toutefois, la description qui en est faite laisse songeur : "CANNE DE COMPAGNON. Le jonc en rotin, le pommeau en corne brune à pastille d'ivoire, marquée "A.B. SAINTONGE L'Ami du Trait" et U.V.G.T. pour "Union Vertue (sic) Grandeur (sic) Travail". 800 / 1000 €".
Enfin, ne nous faisons pas de souci pour le vendeur : ces trois cannes trouveront preneurs, même avec des pastilles fausses et à ce prix… Faisons-nous seulement du souci pour le ou les acheteurs…
6 commentaires
Honte à ces trafiquants, mais également aux experts qui cautionnent de tels actes !
Ayant été collectionneur, je vous raconte une petite expérience qui m'a laissé un goût amer : lors d'une vente aux enchères à Versailles, avec comme expert quelqu'un de bien connu dans le milieu, j'avais acheté un poêlon en cuivre, sur lequel était gravé sur le couvercle "vive les compagnons poëliers". En fait ce poêlon avait été, certainement, martelé dans un pays du Maghreb ! C'était un faux grossier ! Que je possède toujours…
Voilà une arnaque qui peut écœurer tout bon collectionneur.
Dénoncer de telles pratiques est un devoir ! Merci Monsieur Bastard.
Agenais la Tolérance
C.°.B.°.D.°.D.°.
Je suis tout a fait d'accord avec vous et Agenais la tolérance ! C'est une honte d'arnaquer les gens !!!
C'est ainsi qu'on trouve de très nombreux "chef d'œuvres" en vente sur un célèbre site de vente au enchères et sur bien d'autres !
Mais pour la vente aux enchères normalement le commissaire-priseur et l'expert sont responsables de l'authenticité des pièces vendu dans leurs vente pendant 30 ans ??? C'est pourquoi souvent ils disent comme phrases "Dans le goût de …", "Dans le style de …", "D'inspiration de …", etc.
Cordialement
Valy
J'aimerais bien savoir qui faisait cette vente à Drouot (j'y suis souvent pour le ventes d'Hebraica-Judaica).
Des fausses cannes, il en circule sur ebay et autres sites de vente sur Internet. J'ai trouvé une fois un Makila (pays basque) présenté comme étant une canne de Compagnon; j'écris au vendeur, il me téléphone pour m'engueuler en me disant que je n'y connais rien !
- les pastilles des pommeaux de cannes ne sont pas "traditionnellement" en argent. La canne compagnonnique est un objet qui a considérablement évolué au XIXe siècle, dans sa forme, ses matériaux, ses dimensions, son symbolisme, ses usages rituels ou non. Les pommeaux les plus anciens (avant 1840) sont souvent de grosses pommes noires avec un losange d'os incrusté au sommet ou bien sont directement sculptés par le compagnon. Puis se répandent les pastilles, qui sont davantage en alliage argenté (maillechort) qu'en argent, ou bien en os. Quelques pommes sont aussi en ivoire (notamment celles des compagnons boulangers et tailleurs de pierre). Donc, rien de traditionnel dans l'emploi d'une pastille métallique ou en os. Une même corporation a employé tantôt l'un ou tantôt l'autre matériau en un demi-siècle et c'est le monopole qu'ont acquis à partir des années 1880-1890 certains fabricants de cannes auprès des compagnons (Bron puis Proud, à Lyons-Oullins ; Greffier, à Nantes) qui a fini par imposer les quelques modèles que nous connaissons aujourd'hui.
- Quant à l'absence d'équerre du blason gravé sur le pommeau de la dernière canne, elle est tout-à-fait courante. L'équerre est loin d'être systématique sur les blasons de charpentiers Soubises jusque dans les années 1870. Voir à titre d'exemple l'article du 9 février sur La maison d'un compagnon charpentier à Saint-Ouen-les-Vignes (37) ainsi que celui du 27 septembre sur Un balcon de compagnon charpentier à Tours (37).
Je bats ma coulpe !
Merci pour les précisions.
je savait égallement quel autre corps était "identique" aux menuisiers mais je ne m'en rappelle pas. Voilà,sans vouloir faire perdre votre temps. bonne journée, mickaël.








