Le compagnonnage inscrit par l'UNESCO au Patrimoine culturel immatériel
16 Novembre 2010
Le compagnonnage inscrit par l'UNESCO au Patrimoine culturel immatériel
Publié le 16 Novembre 2010 @ 13:56:42 , contient 760 mots
Je suis particulièrement heureux de vous annoncer que le compagnonnage vient d'être inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO. Les Compagnons du Tour de France accèdent ainsi à la reconnaissance mondiale quant à l’originalité de leur méthode de transmission des savoirs.

L'objectif de cette inscription n'est toutefois pas de « labelliser » le compagnonnage (ou les organismes de formation qui s'en réclament), ni de le figer sous sa forme actuelle ou d'une manière uniforme. Ainsi, si le dossier a été instruit avec la seule représentation des trois principales sociétés compagnonniques françaises (l'Union Compagnonnique des Devoirs Unis, l'Association ouvrière des Compagnons du Devoir, la Fédération Compagnonnique des Métiers du Bâtiment), ce ne sont pas ces organisations en elles-mêmes qui ont été ainsi reconnues, mais le « réseau de transmission des savoirs et des identités par le métier » que les Compagnons, de tous les Devoirs, mettent en œuvre selon des usages tissés au fil des siècles.

à Sommières-Congénies.
© Cliché Jean-Michel Mathonière.
On peut dès lors espérer que cette protection par l'UNESCO permettra aussi aux petites sociétés compagnonniques — j'entends par là les groupes authentiquement compagnonniques qui ont plus ou moins pris leur indépendance vis-à-vis des grandes structures précitées, par exemple l'association de Compagnons Passants tailleurs de pierre et la société des Compagnons tailleurs de pierre des Devoirs — d'affirmer haut et fort la légitimité de leur aspiration à vivre la tradition compagnonnique selon les règles dont elles sont co-héritières et qui ne sont pas nécessairement les mêmes pour tous les Compagnons, ou, du moins, perçues de la même façon par chacun. La préservation de la diversité est précisément l'esprit qui anime le concept de patrimoine culturel immatériel.

à Saint-Bertrand-de-Comminges.
© Photographie DR.
Suite:
Je me réjouis d'autant plus de vous annoncer aujourd'hui cette nouvelle que j'ai été sensibilisé très tôt à ce concept de patrimoine culturel immatériel, par l'intermédiaire de celui qui fut, bien trop brièvement, mon directeur de thèse d'université à Paris VII (Jussieu), Najm Oud Dine Bammate (1922-1985) — qui justement fit carrière durant une trentaine d'années à l'UNESCO. C'est là l'une des racines de la manière et de l'état d'esprit avec lesquelles sont menées mes recherches, ainsi que leur restitution au public, notamment par les conférences et les expositions et, bien sûr, le site internet. J'ai donc une pensée émue et recueillie pour celui dont la pensée, magnifiquement ciselée, m'a un jour apporté quelque lumière.
« Sauvegarder le patrimoine culturel immatériel signifie s’assurer qu’il joue toujours un rôle actif dans la vie des générations actuelles et qu’il est transmis aux générations de demain. Les mesures de sauvegarde visent à assurer sa viabilité, sa recréation permanente et sa transmission. Parmi les initiatives possibles de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel on citera l’identification et la documentation de ce patrimoine, la recherche, la préservation, la promotion, la mise en valeur ou la transmission, essentiellement par l'éducation formelle et non formelle, ainsi que la revitalisation de ses différents aspects. » (extrait document UNESCO : Qu'est-ce que le patrimoine culturel immatériel ?)
C'est là très exactement ce à quoi j'œuvre depuis des années et c'est ce à quoi répond la création en 2006 du Centre d'étude des compagnonnages, indépendant de toutes les organisations, et dans le cade duquel j'ai organisé depuis pas moins de onze expositions.

lors d'une réunion à la carrière d'Aubigny, en 2007.
© Photo Union Compagnonnique, DR.
Souhaitons donc que cette reconnaissance par l'UNESCO permette aux compagnonnages — pluriel qui m'est cher, au lieu du singulier trop facilement réducteur — de mieux connaître leur patrimoine culturel, afin, par ce regard instruit et de fait tolérant, de continuer à le transmettre efficacement aux générations futures d'artisans.
Pour en savoir plus sur le patrimoine culturel immatériel :
Pour la presse :
Télécharger le communiqué de presse du Centre d'étude des compagnonnages
Télécharger la notice sur Jean-Michel Mathonière
Télécharger la notice sur le Centre d'étude des compagonnages
13 commentaires
Pas un mot pratiquement sur la dentelle au point d'Alençon et sur le Compagnonnage !
Puisque les responsables des différentes sociétés de Compagnons ne jugent pas utiles de se bouger pour signaler qu'elles ont au moins autant d'intérêt que le repas de fête des Français, ne serait-il pas souhaitable que des gens comme vous ou comme Laurent Bastard, ayant l'écoute du Compagnonnage et sachant de quoi on parle, se chargent, par une circulaire aux rédactions des grands médias, de rappeler à ces braves gens le complet résultat des votes de l'unesco?
Simple suggestion qui ne me coûte pas cher, je sais.
Bonne journée.
Oui, je partage la rage de Jean Michel Mathonière : bien sûr une fois de plus nos médias préfèrent se délecter les doigts avec un remaniement ministériel, avec un match de foot... mais évoquer une reconnaissance qui pourrait revaloriser le travail manuel, d'où découlerait un potentiel d'emploi, cela n'est pas racoleur au journal de 20 heures !Encore moins dans la presse écrite !
Pourtant,notre monde du travail, si dur de nos jours, aurait bien besoin d'une distinction qui permette de tisser des liens affectifs et humains et de redonner des échanges courtois et chaleureux, et ceci en acceptant de se salir les mains !
Mais ne comptons pas sur nos biens "médiocres" médias pour rédiger des articles propageant ces valeurs... cela doit être passéiste et surtout démodé !
Autre sujet qui me désole : bien peu de Compagnons s'expriment sur le sujet de cette reconnaissance ; il me semble que tous les avis sont les bienvenus ! Pour ou contre, c'est tout de même un sacré évènement auxquels sont confrontés nos 3 familles compagnonniques, sans oublier ceux qui ont fait le choix de quitter les grandes structures... choix courageux et tout à fait respectable ! S'exprimer, c'est apporter et faire partager sa propre façon de voir les choses...
Ne nous décourageons pas !
Merci d'avoir pris le temps de me lire.
Agenais la Tolérance
C.°.B.°.D.°.D.°.
Précisons que les quelques journalistes qui m'ont cependant contacté en écho à mon communiqué de presse, ont réalisé des interviews bien préparées et que tous ont manifesté un réel intérêt pour ce que véhicule le sujet, c'est-à-dire les valeurs humaines par et pour le travail...
Nous verrons bien dans les mois à venir de quelle manière des articles de fond traiteront la question.
Provençal la Bonne Enclume
C.°.F.°.D.°.D.°.U.°.
C'est un fait, à part "la bouf" les français ne sont pas très passionnés par l'amour du travail bien fait et la transmission du savoir-faire !
Moi aussi, je suis inquiet de la non manifestation des C.C. en général. Car, depuis que le Compagnonnage existe et auquel l'Humanité toute entière lui doit une reconnaissance pour les différents travaux accomplis ainsi que dans la transmission du savoir-faire, cela n'est que justice.
Bien sûr qu'il faut manger pour vivre et non vivre pour manger, mais qu'en reste t-il après consommation ?
En revanche, toutes les œuvres édifiées par l'ensemble de tous les corps d'état et de tous rites, resteront longtemps contemplées par beaucoup de générations encore.
Dans une époque qui manque crucialement de bons ouvriers capables d'assurer de belles œuvres et aussi tout simplement un travail correct pour satisfaire patron, client et soi-même, le compagnonnage prend toute sa valeur humaine et éducative dans la transmission.
Le virtuel n'a pas sa place pour l'avenir, il fait simplement rêver un court instant, alors que le travail bien fait est contemplé et fait rêver des milliers de personnes.
Il est vrai que parler de ça aux JT du 13h ou 20h n'est pas la tasse de thé des responsables de chaines TV. Ils ont d'autres infos plus "politicardes" à mettre en avant, pendant ce temps "la caravane passe, mais les chiens n'aboient pas"…
Personnellement, j'initie en collaboration avec d'autres gens de métier, des enfants entre 10 et 14 ans dans 11 métiers du bois et du bâtiment. Tous les mercredis après-midi en période scolaire, c'est un régal de voir ces enfants qui cherchent à comprendre et surtout réalisent de petites œuvres qu'ils sont empressés de montrer à leurs parents, pour témoigner de ce qu'ils sont capables de faire de leurs dix doigts.
Croyez-moi que nous allons en parler avec eux de cette reconnaissance du Compagnonnage inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'Humanité.
Bordelais Le soutien De Salomon
C.. M.. D.. D.. D.. L..
Hélas ce reportage ne parle que de formation des apprentis, peu du TDF, et encore moins du sens social et bienfaiteur pour des générations d'ouvriers, et ce pendant des siècles, et qui permit à des hommes de labeur de s'émanciper, de s'affranchir de leur condition et devenir des hommes libres, fiers de leur métiers et heureux dans leur vies. Il suffit de regarder l'horizon compagnonnique d'aujourd’hui et d'observer la vie de ces compagnons. La grande majorité, pour ne pas dire 99% n'ont jamais vu la porte d'une agence ANPE. Le taux de divorcé reste bien en dessous du taux national (1 couple sur 2 dans les grands centres économiques et 1 sur 3 dans le reste de l'hexagone!). Je pense que l'on peut avancer le chiffre de 15% de divorcés chez les compagnons. Des hommes qui restent fidèles à leurs entreprises et convictions. Certes les compagnons ne sont pas des saints. Ils vivent bien dans leur époque, et dans la modernité de leur temps, mais qu’est ce qui créait la différence ? Qu’est ce qui fait qu’ils ont toujours besoin d’avancer dans la connaissance dans le dépassement de soi et dans la soif de l’apprentissage ? La méthode, le message, l'école, l'université compagnonnique a rendu plus d'heureux que de malheureux depuis nombreux siècles. N'est-ce pas là la vraie réussite de cette tradition sociale ouvrière ? Celle d'avoir aidé l'humanité et de la rendre meilleure. Seul l'homme heureux peut aider son prochain et lui offrir une vie meilleure. Alors oui, le compagnonnage est un bienfait pour l’humanité dont la face visible sera toujours et pour les siècles à venir, exprimée par les réalisations de fer, de pierre et de bois que ces hommes trempés dans le creuset de l’humanisme traditionnel compagnonnique ont signés.
En revanche la face cachée, la plus importante, sera encore longtemps enfouie et compréhensible seulement par celui qui osera tenter l’aventure de la réalité dans un monde actuel fait de virtualité, d’impatience et de valeurs superficielles.
PLVA
CEDDDL
La gratuité, le bénévolat, la transmission, notre source même d’existence n'est pas négociable si négoce il peut y avoir ? Mais qui est une réalité pour les Compagnons dignes de ce nom.
Que le Compagnonnage devienne "une grande école des métiers" n'est qu'un leurre, sauf pour ceux qui y ont un intérêt financier cela va sans dire ! Et ce n'est pas faire honneur aux Compagnons. Le ou les Devoir(s) ne sont pas des marchandises, ni une publicité attrape-gogos, c'est un engagement d'une vie donc non négociable et les responsables de cette marchandisation nous sont comptables de leurs actes ! Tous Compagnons, dignes de cet État (et non pas titre) dans leurs compagnonnages propres se doivent de demander des explications, à défaut des comptes, à leurs dirigeants actuels dans la mesure ou ils ont failli au Devoir et mélangé les genres. Chacun estimera cette valeur a son aulne !
Ce n'est pas vouloir semer la zizanie, dans le contexte actuel où tout est bradé, y compris nos valeurs par nos propres dirigeants faisant fi du ou des Devoir (s). Il nous revient à nous, humbles Compagnons, de rappeler le pourquoi nous nous sommes engagés, et ce qui est notre ligne de vie et le Devoir.
Nous sommes au-dessus des ratios financiers, les usines à gaz ne nous concernent pas, car qui dit financement dit rendre compte. Les Compagnons ont toujours été en dehors des sentiers battus et pour cause !
Nous mettons en place non sans mal notre Tour de France Famille du Cuir pour recruter des stagiaires (pas des lapins, nous ne sommes pas suffisamment organisés encore). Nous mettons en place la transmission du métier soit par cours du soir si un Ancien est dans la ville, soit par stage de regroupement chez un Ancien le week-end. Seul les frais de déplacement sont en charge du jeune, le reste le Devoir y pourvoira (surtout nos épouses).
Et si par hasard il n'est pas possible de le former professionnellement, nous comptons sur TOUS les Compagnons pour prendre le relais culturellement : découverte de la région avec des échanges humains.
Nous ne critiquons aucun concept, nous avons seulement nos valeurs ; chacun est libre de les situer et les valoriser selon ses conceptions.
C'est tout de vrac mais je le pense sincèrement, même si c'est brut de coffrage pour un tapissier
S.F.E.D.
Tourangeau V.S.C.
Note de Jean-Michel Mathonière : y-a-t-il une Coterie qui peut apporter quelque élément de réponse à cette question ?
Est-ce que les deux maisons sont contiguës ? Sinon, elle ne peut pas intenter une action en justice faute d'intérêt à agir.
En dehors des relations entre personnes privées défendant leurs intérêts, il existe souvent dans les communes des dispositions concernant l'emploi de tel ou tel matériau, pour des raisons d'harmonisation entre les constructions. Ces dispositions sont recensées dans les P.O.S. (Plans d'Occupation des Sols) qui sont progressivement remplacés par des P.L.U. (Plans Locaux d'Urbanisme), consultables en mairie. Mais dans ce cas, il n'est pas sûr que quelque chose soit prévu sur le mortier ou le zinc lors de travaux de couverture. Et ce serait à la mairie de réagir et non pas à la voisine.
Reste aussi la possibilité d'un classement des habitations, ou de leur inscription à l'inventaire des monuments historiques, ou encore de leur présence dans un périmètre de protection d'un monument historique. Les travaux sont alors soumis à l'avis préalable de l'architecte des bâtiments de France et une déclaration de travaux doit d'abord être déposée en mairie.
Il existe donc bien une réglementation en matière de couverture, qui dépend de la commune où est construite l'habitation.
Dans un cas, on est en présence d'un conflit privé entre deux particuliers, suite au préjudice invoqué par l'un d'eux.
Dans l'autre cas, il s'agit du respect de règles publiques.
Celui qui exécute les travaux, qu'il soit ou non un compagnon, doit les observer.
Comme vous le dites, l'inscription à l'UNESCO est une reconnaissance du réseau de transmission des savoirs et des identités par le métier que les Compagnons, de tous les Devoirs, mettent en œuvre selon des usages tissés au fil des siècles. Les organismes de formation qui s'en réclament ne peuvent prétendre une quelconque labelisation, et pourtant comment se fait il que la marque "Compagnon du Devoir" soit déposé à l'INPI ?
Ces trois mots sont historiquement très anciens, quels sont les traces les plus anciennes de son usage ?
Quelques années plus tard, un procès-verbal contre les compagnons menuisiers de Dijon (24 juillet 1677) mentionne aussi la "compaignie du Debvoir" et les "compaignons du debvoir". (texte reproduit par Henri HAUSER dans "Les Compagnonnages d'arts et métiers à Dijon" (1907, réimpression Laffitte, 1979, p. 110-111).
Ensuite, les mots "compagnons du Devoir" se multiplient.








