Un enfant Jésus scieur de pierre à Suze-la-Rousse (26)
25 Décembre 2010
Un enfant Jésus scieur de pierre à Suze-la-Rousse (26)
Publié le 25 Décembre 2010 @ 00:00:01 , contient 161 mots
L'église de Suze-la-Rousse, construite à partir de 1839 sur l'ancien cimetière, renferme un grand tableau non signé, probablement peint à la fin du XVIIIe ou durant le premier quart du XIXe siècle. Restauré en 1996, il associe la Vierge Marie et l'enfant Jésus, saint Roch et saint Sébastien.

Un curieux détail retient l'attention : Marie retient l'enfant Jésus qui tient une scie de menuisier ou de charpentier, dont il se sert pour... scier une pierre ! Le peintre s'est inspiré des scènes de la Sainte Famille, où l'on voit Jésus tenant ou jouant avec les outils de Joseph le charpentier, mais ici, pourquoi a-t-il placé sous l'instrument un rocher au lieu d'une pièce de bois ? S'agit-il d'une méconnaissance totale de l'usage des outils ou est-ce intentionnel ? Mais dans ce cas, quel est le sens de cette scène ? Le rocher ne serait-il là que pour dissimuler une scène ratée ?

9 commentaires
Il s'agit semble t-il d'une pierre brute.
Celle-ci a été extraite la cuisse (personnage à gauche): la forme de la cicatrice correspond à la base de la pierre.
Cette scène décrit une très ancienne croyance par laquelle un nouvel homme (à droite), une nouvelle génération en quelque sorte, est issue d'une plus ancienne (homme à gauche), par l'intermédiaire, d'une "graine fixe" (rocher) représentant les facultés génésiaques endormies. Cette graine devra être partagée en deux : un côté âme ( introduit par la flèche) et un côté toujours fixe ou corporel nouveau.
Les alchimistes traduisaient ainsi:
"soufre" rouge fixe se partageant en "soufre" et "mercure".
Ce concept remonte à l'antiquité égyptienne. En effet sur le plafond astronomique de Denderah , vous apercevez au centre une cuisse de boeuf ou taureau de laquelle sort un petit rejeton. Pour terminer, cette cuisse est
dans les deux représentations l'axe du monde.
Salutations
En ce beau jour de Noël 2010, quelle belle idée d'avoir programmé un tel sujet.
Excellente initiative. Il fallait y penser. Notre ami Laurent Bastard l'a fait.
Bien sûr cette extraordinaire scène, où l'Enfant Jésus scie une pierre (où un rocher) est troublante et mérite réflexion ; un très fort symbole d'une infinie tendresse et d'amour s'exprime au travers cette scène. Mais je me garderai bien d'avancer une quelconque hypothèse, je ne suis pas assez qualifié !
Mais permettez-moi d'exprimer un peu d'humour, bien que le sujet évoqué soit très sérieux :
Bethléem veut dire "maison du pain", et rappelle le très fort message qu'enseigne la religion chrétienne : "le Pain vivant descendu du ciel".
Nos amis Compagnons charpentiers peuvent s'enorgueillir d'être les descendants directs de Joseph, père de Jésus. Mais si Joseph n'avait pas eu de pain (matériel) pour se nourrir, notre humanité serait-elle ce quelle est ?
Amis lecteur(ice) pardonnez ma fierté d'être Compagnon boulanger... et de faire un peu d'humour en cette fin d'année !
Joyeux Noël à tous et à toutes ! Que la joie soit dans vos coeurs !
Agenais la Tolérance
C.°.B.°.D.°.D.°.
L'association de plusieurs saints et de la Vierge à l'enfant Jésus n'est pas non plus exceptionnelle (au musée de Prague on peut voir "La Vierge et l'Enfant et sept saints", de Carlo Crivelli (XVe s.), au Louvre la "Vierge de la Victoire", de Mantegna (1496) ou au château Sforza de Milan "la Vierge et les saints", du même (1497) ou encore au musée du Prado "la Vierge entre saint Antoine et saint Roch" par Titien (v. 1510).
La composition même du tableau, où la Vierge est placée devant un rocher, est celle d'oeuvres antérieures (la "Vierge au rocher", de Léonard de Vinci, "le repos pendant la fuite en Egypte", de Patinir, etc.).
Rien de tout cela ne recèle un sens caché.
Il faudrait en fait en savoir plus sur l'auteur du tableau, sa formation, les circonstances qui l'ont amené à peindre pour la paroisse de Suze-la-Rousse. De même, comme le signalait Jean-Pierre Bourcier, une radiographie de l'oeuvre permettrait peut-être de savoir s'il s'agit d'un repeint.
Mais je pense surtout que la scène de l'enfant Jésus sciant une pierre doit s'expliquer par une référence aux Evangiles, telle que "Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham" (Mat. 3, 9), "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église" (Mat. 16, 18), "La pierre qu'avaient rejetée les bâtisseurs, c'est elle qui est devenue pierre de faîte ; c'est là l'oeuvre du Seigneur" (Marc, 12, 10-11) ou encore Paul : "Selon la grâce de Dieu qui m'a été donnée, tel un bon architecte, j'ai posé le fondement. Un autre bâtit dessus." (Epitre aux Corinthiens, I, 3, 10) et surtout : "Approchez-vous de lui, la pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie, précieuse auprès de Dieu. Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l'édification d'un édifice spirituel (...) Car il y a dans l'Ecriture : Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse, et celui qui se confie en elle ne sera pas confondu." (Pierre, Epitre I, 2, 4-6).
C'est toujours d'abord dans les textes saints qu'il faut chercher les réponses à nos questionnements, lorsqu'une figure symbolique, en architecture ou en peinture, nous paraît insolite. En l'occurence, celle de Jésus sciant une pierre l'est bien. Mais on peut émettre l'hypothèse selon laquelle le peintre, fidèle aux textes précités, a voulu exprimer que le Christ était le fondement de toutes choses, la pierre angulaire, et qu'au lieu de lui mettre dans les mains des outils de tailleur de pierre, il a respecté la convention de l'art sacré selon laquelle il est d'abord le "fils du charpentier" et qu'il doit être représenté en train de se servir des outils de Joseph.
Dans ce tableau il est nécessaire de tout examiner:
-au centre un arbre décapité
-à droite un arbre en pleine végétation sur lequel un homme jeune sans barbe est attaché.
-à droite un bâton ou "arbre sec".
Votre analyse, précise et très documentée, au regard de la tradition picturale et des écritures, n'est pas
antinomique avec mon approche. En effet, le peintre, comme dans de nombreux tableaux ou enluminures, utilise des personnages-saints connus pour développer des concepts moins évidents,
dans la lecture de la Bible et plus particulièrement de la Vulgate.
Salutations.
J'ai trouvé que St Roch est invoqué contre toutes sortes d'épidémies, contre la silicose... et le phylloxéra... Il l'est l'un des patrons des chirurgiens, des tailleurs de pierre de la forêt de Fontainebleau, des vignerons.... L'image que l'on voit ici est assez fréquente représentant le saint priant la Vierge pour la guérison des pestiférés depuis la forêt où il s'était exilé pendant sa maladie et où il est réconforté par un ange et par son chien.
J'ai trouvé que saint Sébastien est lui-même invoqué contre les épidémies... Aujourd'hui les homosexuels chrétiens le revendiquent comme saint patron et protecteur du sida. Contrairement à une croyance répandue ce saint n'est pas mort par sagittation (percé de flèches) à laquelle il aurait survécu mais par bastonnade.
En cherchant sur le site de la ville j'ai trouvé une inscription faisant référence au nom de la ville "à la fin tout s'use" qui pourrait faire allusion au travail de l'enfant Jésus semblant s'évertuer à scier une pierre. J'écris semblant car la position de l'enfant me paraît incongrue et p.e même scie-t-il quelque chose qu'on ne voit pas (caché par le petit monticule).
Je n'ai pas pour l'instant trouvé de référence aux anciennes industries locales (mines...) mais j'ai noté que cette commune anciennement rattachée aux Baux (beau site... bauxite...) recèle comme sa région des gisements importants de fossiles, notamment dents de poissons en forme de flèches (comme celles qui blessent Sébastien sans le tuer). A noter que l'arrière plan du tableau évoque un paysage montagneux mais habité (églises).
Pourrait-il y avoir un lien entre le travail de l'enfant Jésus qui se traduirait par la production d'une poudre par "sciage" d'une pierre particulière (bauxite ou roche sédimentaire, autre?) dont l'emploi 'mêlée au lait de la Vierge???)au cours d'épidémies de peste, choléra... aurait un effet bénéfique? Pour l'instant je n'ai pas trouvé de relation de telles épidémies. Mais peut être que des gens de pays pourraient nous en dire plus. A noter encore que Suze-la-Rousse n'est pas très éloignée de Montpellier et de sa célèbre faculté de médecine (Rabelais) dont saint Roch est le patron.
voir Wikipédia pour les saints et les sites consacrés à la ville.
St Roch + St Sébastien = RoSe ...
Ces saints ne vivaient pas à la même époque ...
Il y a donc une raison de les réunir.
La Rose représente parfois Marie et plus encore ...
L'outil Joseph est sacré, donc plus puissant que les autres, Roc (St Roch) + Scie (St Sébastien) = Rose ! désolé pour ces roses ...
Aussi :
Jésus est le seul qui puisse extraire du Roc la Scie " Excalibur " !
il ne scie pas le roc !
Si certains divaguent, les œuvres comme les artistes, elles, voyagent. Tout simplement. Il est donc important de les situer dans le contexte de leur création, et non seulement dans celui de leur conservation.
Ce tableau s'intitule en effet « Notre-Dame de Montserrat ». Conservé aujourd'hui dans l'église de Suze-la-Rousse (Drôme), il a été peint en 1647 par un peintre flamand installé à Avignon, Quirinus Van Banken (1579-1649), pour l'hôpital Sainte-Marthe d'Avignon. Le prix fait, en date du 2 septembre 1647, en a été conservé. Il s'agit de l'œuvre majeure de cet artiste.
L'explication de Jésus sciant la pierre se trouve dans le titre de l'œuvre : Notre-Dame de Montserrat, appelée aussi la Morenita, est la patronne de la Catalogne ; elle est ici figurée au milieu du cirque entouré des pics de Montserrat… les « Monts sciés » ! Certes, il est possible, si ce n'est probable, que se superposent à cette signification toute simple d'autres perspectives symboliques — telles que celles que rappelle Laurent Bastard à propos de la riche thématique « pierreuse » dans le Christianisme. Mais nous sommes loin des mines de bauxite, des remèdes contre la peste et le choléra, de la rose, de la langue des oiseaux, de Fulcanelli, de Grasset d'Orcet, etc. La poudre de pierre n'est pas que poudre aux yeux ;-)
Pour aller plus loin : Hélène Pichou, « Un peintre flamand installé à Avignon : Quirinus Van Banken (1579-1649), Mémoires de l'Académie de Vaucluse,huitième série, tome V, année 1996, pp. 54-70.
http://fr.topic-topos.com/le-pelerinage-de-montserrat-houdan
Les deux saints étant évoqués pour lutter contre les épidémies ou selon les blasons au-dessous comme étant les saints patrons des commanditaires de la toile ou encore des corporations de métier l'ayant financée ?








