Avis de recherche sur Jérôme Baudassé, Compagnon Étranger tailleur de pierre
5 Février 2011
Avis de recherche sur Jérôme Baudassé, Compagnon Étranger tailleur de pierre
Publié le 5 Février 2011 @ 07:00:00 , contient 322 mots
Dans la série des « avis de recherche », en voici un au sujet d'un livre et de son auteur.
Il s'agit du Traité théorique et pratique de l'appareil et de la construction des ponts-biais, publié par son auteur, Jérôme Baudassé, au Puy-en-Velay, sans indication de date (on peut penser que c'est entre 1860 et 1880), de l'imprimerie Laurent-Moniet.

Cet ouvrage est manifestement très rare car, outre le fait qu'il ne figure à ma connaissance dans aucune bibliographie de stéréotomie, je n'en connais qu'un seul exemplaire (photographie ci-dessus) complet de son texte mais incomplet de ses planches. La Bibliothèque nationale de France en possède pour sa part une livraison de deux planches (XV-XVI) et de quelques pages (pages 156 à 173) (notice BnF n° FRBNF30066371).
La présence sur la couverture d'un emblème composé de l'équerre entrecroisée au compas, avec les quatre lettres C D D E, laisse à penser que Jérôme Baudassé — qui précise sur la couverture de son livre qu'il est ouvrier tailleur de pierre, ex-employé de la construction à la compagnie P. L. M., appareilleur, conducteur et chef de service de diverses entreprises, chef de section des travaux de l'État — était un Compagnon Étranger tailleur de pierre.

C.D.D.E. : Compagnon Du Devoir Étranger
La mention de la compagnie de chemins de fer Paris-Lyon-Marseille permet de supposer que la publication de cet ouvrage est, en tous les cas, postérieure à 1857, année de création de cette compagnie par fusion de plusieurs compagnies antérieures.
De manière générale, on sait que la construction des ouvrages d'art des lignes de chemin de fer furent l'occasion pour les sociétés rivales de Compagnons tailleurs de pierre (Passants, Étrangers et Violets, notamment) de s'affronter, soit brutalement, soit en rivalisant pour ce qui était de leur compétence en matière de stéréotomie. Les ponts-biais, d'une stéréotomie particulièrement complexe, figurent parmi les morceaux de bravoure.
L'un de nos visiteurs possède-t-il un exemplaire complet de ce traité ? Ou des informations au sujet de Jérôme Baudassé ?
6 commentaires
(d'après une recherche sur Google books, dans le "Bulletin du musée de l'industrie", Bruxelles, 1867, et le "Manuel de l'ingénieur des ponts et chaussées" par Alphonse Debauve, 1872.)
Il faudrait s'assurer que ce "P. J. Baudassé" est le même que celui est l'objet de la recherche de J. M. Mathonière.
http://membres.multimania.fr/numa/chfer.html
A l'évidence, il s'agissait d'un technicien très qualifié. Il figure presque toujours dans la liste des compagnons qui résolvent non seulement les problèmes de géométrie, mais aussi d'arithmétique, de mécanique, les charades, les "mots carrés" et les logogriphes (énigmes).
Les problèmes les plus difficiles (dont l'un, de mécanique) sont posés par un autre compagnon, un charpentier du Devoir, nommé Rouget, de Dijon, qui était devenu ingénieur, et Baudassé les résoud toujours.
Dans le journal du du 2 avril 1882, ce dernier pose le problème suivant :
Problème n° 15 : "Dessin géométrique. Tracé théorique d'une voûte (tête de pont à 9 centres, étant donné que l'ouverture ou portée du cintre est de 4 m 20 et que la flèche a 1 m 30. Faire l'épure à l'échelle de 3 cm par mètre."
Baudassé donna la solution dans le n° 23 du 7 mai 1882. La solution n'occupe pas moins de deux colonnes en petits caractères ! Ce document nous précise qu'il demeurait 8, avenue de Taulhac, au Puy (Haute-Loire).
Auparavant, dans le numéro 21, la rédaction avait commenté la solution à paraître en ces termes :
"M. BAUDASSE, C.°. E.°. T.°. de P.°. chef de section des chemins de fer de l'Etat, au Puy, nous a adressé trois tracés différents de la voûte à 9 centres. Le C.°. Baudassé a accompagné ses épures de notices explicatives dans lesquelles il détermine mathématiquement la longueur des rayons.
Un tel travail est au-dessus de tout éloge et révèle une somme de connaissances théoriques que l'on n'acquiert pas sur les chantiers : il a fallu que M. Baudassé étudie beaucoup hors du chantier, et la situation qu'il occupe dans la construction des chemins de fer de l'Etat nous en est une preuve.
Nous sommes heureux de voir un homme de ce mérite répondre à notre appel ; cela nous console de l'indifférence manifeste de quelques hommes qui ne seraient certes pas capables de tailler les crayons dont se servent nos amis pour tracer leurs belles épures."
A son tour, Baudassé posa un problème de géométrie (problème n° 25) dans le numéro 25 du 4 juin 1882 : "Etant donné un cône droit dont la base est un cercle de 4m 00 de rayon et la hauteur 8m 00, le couper par un plan parallèle à la base, en deux parties d'un volume équivalent." La solution fut trouvée par deux compagnons : Jean-Jacques Lémonon, à Pontanevaux (Saône-et-Loire), et Renaud, menuisier du Devoir, également à Pontanevaux, qui étaient eux aussi très compétents et dont les noms reviennent souvent dans les pages consacrées aux problèmes.
Dans le numéro 36 du 19 novembre 1882, il proposa le problème n° 40 : "Etant donné une salle de conférences de 20 m. de longueur, 15 m. de largeur et 3 m. de hauteur. On veut que 350 personnes réunies puissent avoir en moyenne un volume d'air de 4 m. par personne. On demande la hauteur du toit, au sommet (hauteur mesurée au-dessus des 3 m. ) et les pentes sur chaque face et sur les arêtiers, le toit ayant 4 pentes."
Le numéro 40 du 21 janvier 1883 donna la solution : "La hauteur = 5 m. La pente sur les grandes faces = 0, 666. La pente sur les petites faces = 0, 50. La pente suivant les arêtiers = 0, 40." Ce furent encore Lemonon et Renaud qui résolurent le problème, mais aussi Lourd, à la Demi-Lune.
Notons enfin que le numéro 21 du 2 avril 1882 nous apprend que Baudassé adhéra à la Fédération Compagnonnique de tous les Devoirs réunis, et qu'il y fut inscrit sous le numéro 594.
"Avec les exercices de Rouget et de Baudassé, on ne peut pas véritablement parler de trait, au sens de celui qui définit la géométrie des structures, tel que le pratiquent le tailleur de pierre et le charpentier, mais de calcul graphique. En effet, à la fin du XIXe siècle, si l'analyse mathématique est maîtrisée et permet de mettre en équation les divers problèmes de géométrie et de résistance des matériaux, une autre école préfère remplacer ces équations par des méthodes graphiques.
Elles permettent, par exemple, de tracer la déforme d'une poutre sous charge ou de définir son moment fléchissant pour en définir la section.
L'épure la plus célèbre et qui était encore utilisée il y a trente ans avant l'ère de la CAO, est l'épure de Cremona, qui par graphique permet de définir les efforts dans une ferme en treillis. On peut supposer que les méthodes graphiques étaient plus abordables par l'ouvrier qui souhaitait s'élever dans la hiérarchie.
D'autre part, plusieurs ouvrages sur le sujet sont parus à cette époque ; le plus connu étant "Le calcul par le trait, ses éléments et ses applications à la mesure des lignes, des surfaces et des cubes, à l'interpolation graphique et à la détermination, sur l'épure, de l'épaisseur des murs de soutènement et des murs de culées des voûtes", de B. E. Cousinery, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées (1839). Le terme "trait" est ici synonyme de "graphique". On voit ici une volonté d'élever le niveau de connaissances générales de l'ouvrier.
> Par comparaison, ces problèmes n'ont rien à voir avec ceux qui sont posés par Jean-Dominique Boucher, La Marche le Soutien de Salomon, compagnon charpentier D.D.D.L., dans ses "Carnets d'épures" édités à Buenos-Aires en 1890. Eux sont des vrais problèmes de trait qu'il est très, très difficile de remplacer par des équations."








