Une tabatière ancienne de Compagnon charpentier, Jean Hirch dit « La Ténacité ».
16 Février 2011
Une tabatière ancienne de Compagnon charpentier, Jean Hirch dit « La Ténacité ».
Publié le 16 Février 2011 @ 07:00:00 , contient 137 mots
Toujours parmi les tabatières de la collection d'Éric Martin, en voici une qui devait appartenir à un Compagnon charpentier.

© Photographie Éric Martin, D.R.
Entre l'équerre et le compas, on trouve un losange enfermant l'œil divin et deux outils entrecroisés, une demi-besaiguë et une herminette (c'est du moins l'interprétation que je fais des dessins assez frustes de ces outils).
Une inscription nous indique le nom et le surnom compagnonnique du possesseur — et assez certainement sculpteur — de cette tabatière en buis : Jean Hirch, La Ténacité. Il n'y a pas l'indication de sa province d'origine, mais la consonance du nom de famille (qu'il convient assez certainement de corriger pour Hirsch) permet de faire l'hypothèse qu'il était originaire de l'est de la France, avec une forte probabilité pour l'Alsace. Cette tabatière date probablement du début du XIXe siècle.
17 commentaires
Cette tabatière à mon avis sent le faux à 100 kilomètres, je dirais même à 4000 kilomètres, puisque je vous écris de Moscou :-)
Cela est à mon avis de la mauvaise copie, mais pas de charpentier, je dirais de boulanger : pelle et rouable entrecroisés, oeil divin, équerre et compas...
Je dirais personnellement que c'est une vieille tabatière bidouillée pour le besoin du portefeuille... Pas de nom de province, alors que nous savons qu'à cette période, indiquée debut 19eme, les noms de famille étaient très peu utilisés dans l'univers compagnonnique. Si c'était un compagnon charpentier, il n'aurait pas oublié de mettre les lettres UVGT, ou IND pour un Compagnon du Devoir de Liberté... Puis, ayant dessiné l'équerre et le compas, il aurait certainement fait la même chose pour une belle bisaiguë.
Donc je pense qu'elle est plus que douteuse...
Le graphisme des lettres est-il celui utilisé à l'époque ? Je te trouve bien moderne...
Mes amitiés à tous.
Picard la fidélité
Compagnon Pâtissier Resté Fidèle au Devoir

Si elle est fausse, le sculpteur est un bon pour savoir réaliser très "artisan et son couteau", si elle est bonne ... d'accord, tout le monde ne peut pas être un dieu de la gouge, mais j'ose espérer qu'il ne peut s'agir de l'ouvrage d'un Compagnon!
A votre avis, que représente la bride du haut du losange, au-dessus de l'oeil?
Breton main d'or
En effet, ce n'était pas toujours les artisans qui réalisaient eux-même ce type d'objet-souvenir. On sait ainsi que les gourdes compagnonniques (et maçonniques) en noix de coco étaient réalisées par des bagnards et plus ou moins personnalisées à la demande.
Le fait que ce soit une demi-bisaiguë qui est, je pense, représentée ici, prêche à mon avis pour l'authenticité. Cette variante de la bisaiguë est en effet originaire d'Allemagne et on ne la rencontre guère que dans l'Est de la France, notamment en Alsace. Il y a donc cohérence entre le nom de famille et cette figuration d'outil.
Pour ce qui est de l'emploi de « La Ténacité » pour un nom de Compagnon charpentier à cette époque (précisons que c'est moi qui ait proposé début XIXe comme datation, et que je peux me tromper...), il faudrait en effet examiner la chose de plus près. Quand est-ce que nos amis Compagnons charpentiers du Devoir et des Devoirs se décideront-ils à mettre en base de données leurs prodigieuses archives pour ce qui est du XIXe siècle ? ;-) Plus immédiatement, une Coterie ou un de nos visiteurs peut-il nous fournir un ou plusieurs exemples datés de l'emploi de « La Ténacité » chez les charpentiers avant le XXe siècle ? Pour ma part, il ne me semble pas incongru…
Quant à la non-conformité de cette emblématique avec celle en usage par les Compagnons charpentiers, Bondrilles ou Indiens, outre le fait qu'elle procède probablement ici d'une adaptation postérieure et malhabile à un modèle « maçonnico-compagnonnique », je rappellerai qu'il convient de rester extrêmement prudent quant à l'intangibilité « traditionnelle » de certains emblèmes et symboles. L'absence des lettres UVGT ou IND(G) n'est en aucun cas la preuve qu'il ne s'agirait pas d'un Compagnon. Leur emploi ne se systématise à peu près dans l'emblématique des Compagnons charpentiers que progressivement durant le XIXe siècle. Elles sont souvent absentes, par exemple, des figurations sur les tombes (au demeurant, jusque tard durant le XIXe siècle, on rencontre assez souvent, par exemple en Dauphiné, des emblèmes composés seulement du compas et de la bisaiguë non entrecroisés, l'équerre étant absente !). Un autre exemple est celui des panoplies d'outils représentés sur les souvenirs du tour de France de Compagnons charpentiers du début du XIXe siècle, souvenirs peints par Leclair notamment dans les années 1820-1830 : le « blason » des Compagnons charpentiers est-il alors composé des seuls compas, équerre et bisaiguës entrecroisés ? Non ! On y trouve aussi, plus ou moins pêle-mêle, scie, ciseaux, maillet et haches diverses…
Restons prudents, certes — la Prudence étant une vertu éminemment compagnonnique - devant les faux et les « bricolages » qui ont tendance à envahir le marché des antiquités compagnonniques, mais gardons-nous, après avoir montré combien peuvent être stupides et réducteurs certains schémas de lecture du Compagnonnage (singulier ô combien trompeur !), de tomber dans d'autres affirmations excessives : il n'est pas d'année qui passe et qui n'amène son lot de petites ou grandes trouvailles venant contredire, en matière d'histoire compagnonnique, ce que l'on pensait hier être absolument certain !
Le graphisme des lettres n'a rien de suspect à mon avis, tenant compte et de la surface extrêmement réduite dans laquelle elles s'inscrivent, et de la maladresse du graveur/scripteur. Côté style, même si ce charpentier était Alsacien, c'est le gothique qui me semblerait suspect ;-)
Pour répondre à Breton Main d'Or, il est important à souligner que les Compagnons d'autrefois n'avaient pas nécessairement la même vision de l'excellence professionnelle... et qu'ils ne se sentaient pas dans l'obligation de faire de chaque objet utilitaire un « chef d'œuvre ».
Effectivement, c'est une lecture possible, tenant compte, encore une fois, du caractère maladroit de la gravure… Mais la forme de ce qui serait la pelle me suggère plutôt la demi-bisaiguë.
Ce que je peux vous dire, c'est que chez les Compagnons boulangers du Devoir, dès leur naissance en 1810, nous trouvons des Allemands, Saxons et Bavarois, c'est d'ailleurs, selon l'« Histoire légendaire », un compagnon doleur du Devoir nommé Bavarois beau désir qui aurait retransmit le Devoir aux premiers compagnons boulangers.
Mes amitiés a tous
Picard la fidélité
Compagnon Pâtissier resté fidèle au Devoir
Objet qui me fait penser, depuis le début, plus à une poire à poudre allemande XVI/XVIIème qu'à une tabatière.
Après une courte recherche, je viens vous informer qu'il n'y a jamais eu de compagnons boulangers nommés "La Tenacité" (de 1810 a nos jours, selon mes relevés). Selon les relevés de Daniel Patoux, Percheron la philosophie, publié dans "Fragments d'histoire du Compagnonnage" N° 7, année 2004, il n'y a aucun Gavot entre 1759 et 1910 qui a porté le nom "La Ténacité"...
Je me pose la question : y a-t-il eu des compagnons charpentiers des deux rites (Soubise et Salomon) baptisés de ce nom au 19ème siècle, car nous connaissons la perméabilité des compagnonnages à ce sujet. Si la réponse est NON, c'est véritablement un bidouillage, charpentier ou boulanger, c'est au faussaire qu'il faudrait demander quelle corporation il a voulut représenter :-) Si la réponse est OUI, le doute persiste :-)
Mes amitiés à tous.
Picard la fidélité
Compagnon Pâtissier resté fidèle au Devoir
Cela me rappelle étrangement l'affaire d'une fausse tabatière de compagnon boulanger en vente sur eBay en août 2010, qui était signée Jean la Sincérité... comme cette canne de boulanger dédiée à Jean Fouasse la sincérité... étrange...
situation identique, graphisme des lettres assez moderne, pas d'utilisation de nom de province...
Jean la sincérité, jean Fouasse la sincérité, jean Hirsh la ténacité... Tout cela sonne le même son de cloche...
Mes amitiés a Tous.
Picard la fidélité
Compagnon pâtissier resté fidèle au Devoir
Bonsoir,
lorsque l’on connaît en détail, de certains «plombs transparents » ou plomb à piquer. Je n’imagine pas un Boisdebout « de l’aristocratie », sortir un ouvrage à deux mains gauches devant ses F. ou pire son gâcheur. De plus, la patine semble brossée ?
Mais ce n’est qu’un avis personnel.
Mes amitiés a Tous
que la lumière soit ! (sur cette curiosité )








