In memoriam Poitevin le vengeur du Devoir (1878-1969), Compagnon cordonnier bottier du Devoir
6 Avril 2011
In memoriam Poitevin le vengeur du Devoir (1878-1969), Compagnon cordonnier bottier du Devoir
Publié le 6 Avril 2011 @ 21:26:53 , contient 73 mots
Très Chers Amis,
Voici, afin d'apporter une brique à la rubrique Cordonniers Bottiers, une photographie prise lors de l'une de mes visites au Père Lachaise.

© Photographie Laurent Bourcier, D.R.
Cette plaque se situe dans l'espace des incinérés, autour du crématorium.
Poitevin le vengeur du Devoir, Compagnon Cordonnier Bottier du Devoir, membre de la loge maconnique Clarté, au Grand Orient de France.
Mes amitiés à tous
Picard la fidélité
Compagnon pâtissier resté fidèle au Devoir
4 commentaires
Vous ne pouvez pas vous imaginer, chers amis du blog, comme cette plaque ravive un des temps forts vécus sur mon Tour de France.
C'est en novembre ou décembre 1969 que ce brave Compagnon Phelippon quitta notre monde terrestre. Nous fûmes invités par la Famille du Cuir à rendre un dernier hommage à ce Frère en Devoir. Le Compagnon Martin tailleur de pierre, prévôt du Siège de Paris, le Rouleur un Compagnon Mécanicien (dont j'ai oublié son nom), et moi-même 1er Aspirant nous nous rendîmes au crématorium du Père Lachaise.
Quelle ne fut pas la surprise lorsque notre groupe de Compagnons de Devoir réalisa que d'étranges bonhommes ceints de cordons bleus étaient réunis ! Il fallait se rendre à l'évidence, le Compagnon à qui nous rendions un dernier hommage était Franc-Maçon !
Je n'avais que 21 ans à l'époque, je discernais mal la situation… Mais une chose est certaine : certains Compagnons du Devoir dissimulaient mal leur gêne ! Vous n'y pensez pas : être Compagnon du Devoir et Franc-Maçon à la fois ? Mais quelle contradiction, quel outrage !
Les discours terminés, chacun se retira, mais les conversations allaient bon train ; j'entendis même un Compagnon boulanger très connu dire : les Juifs et les Francs-Maçons, c'est la peste et le choléra qui empoisonnent notre société !
Mon Dieu, qu'elle intolérance, quelle horreur de tenir de tels propos. Je ne comprends toujours pas, à 62 ans, une telle méchanceté, un tel mépris… surtout lorsque l'on connaît les conséquences de la barbarie nazie.
J'avais oublié cette imbécile péripétie. Revoir cette plaque me rappelle une après-midi très froide et humide de la fin d'année 1969…
Voici une des anecdotes de mon Tour de France, ce n'est pas la plus belle, j'en conviens !
Agenais la Tolérance
Il est également intéressant à observer l'étonnante convergence entre cette idéologie contemporaine et les actions anti-compagnonniques menées par Michel-Henry Buch à l'époque de la fameuse "Résolution" des Docteurs de la Sorbonne, au milieu du XVIIe siècle. Si on les interrogeait à cet égard, les adeptes des théories du complot (façon Da Vinci Code) seraient certainement d'avis que c'est la même secte ultra-catholique qui depuis bientôt quatre siècles, tire les ficelles ! ;-) Comment faire disparaître les compagnonnages et leurs pratiques initiatiques ? Simple : les imiter et substituer à l'initiatique du religieux (XVIIe siècle) ou du psycho-sociologique (versus XXe-XXIe siècles) !
Lapin chez les B.D., j’avais pour habitude de réserver mes questions à un C. Pâtissier plutôt qu’à mes pairs ; et il faut bien avouer que ce dernier amusé « m’endormait » avec quelques fables dont il avait le secret. Tout en me taillant des gros morceaux de chocolat brut, j’écoutais les récits avec des yeux écarquillés, avide de connaissance sur les autres sociétés. J’imaginais que leur labo qui se situait au sous-sol de la Cayenne (certains reconnaîtront la ville par ce détail) resterait tout à fait entre nous. Mon MC. était premier en ville, et je ne sais dans quelle circonstance je fus trahi, et quelle ne fut pas ma surprise de me voir embarqué dans la chambre par trois renards de ma corporation qui me coincèrent dans un angle. Sonné certes, effrayé juste un peu ! je me tenais prêt à me défendre (fort de mon instruction en jiu-jitsu). Le premier renard me dit sèchement : quand tu as des questions, tu nous les poses ! - Qu’as-tu à demander ? [silence] Je reprends courage… C’est quoi le franc-maçon ? – Ils n’ont rien à voir avec nous ! Puis il m’explique brièvement des choses que je comprenais à peine, mais qui laissèrent dans mon esprit un synonyme de « plus ou moins infréquentable ». Puis, je l’interrogeais sur la Fédé, « La fédération est plus stricte que nous ; eux aussi font des chefs-d'oeuvre, nous les reconnaissons, mais si un jour tu veux les rejoindre, sache que tu vas en chier » « Mis il y a pire : l’Union… »
Fort impressionné par toutes ces révélations, je me réjouissais d’être charpentier chez les sossards ! La situation détendue, je pose ma dernière question : qu’est donc le Devoir ? – le premier me dit, le tien c’est « obéi et ferme ta gueule ! tu en changeras plus tard ! » Enfin, il me dit : « Tu es un bon lapin, tu connais déjà beaucoup de choses pour ton âge, sur l’ouvrage, nous sommes contents de toi. Tout ce que tu veux savoir tu l’apprendras un jour. Contente-toi d’obéir et d’être entier, aie confiance en ta corporation. »
Cette anecdote fut gravée jusqu'à mes vingt ans où, pour la première fois de ma vie, je fus à l’ouvrage avec des charpentiers d’autres sociétés, et où, à ma grande joie, je fus parfaitement intégré : les méchants ne l’étaient pas !








